HUMEURS

Bourreau

Que faire quand une simple photo dans son environnement de travail me met instantanément à la torture ?
J’ai joué et aussitôt retiré ma réponse la trouvant intrusive et déplacée.
Je ne peux même pas lui dire mon admiration et ma fierté d’être son mari et d’être la personne qu’elle aime. C’est fini.
Je pense affectueusement à elle mais je sais que la moindre expression de mes sentiments serait hors de propos, l’énerverait et ne ferait qu’accroître la colère et le mépris qu’elle me porte sans doute.
Et à chaque commentaire, mon pouls s’emballe !
La journée a été horrible, me laissant hagard, bouleversé
Cruellement incapable d’extérioriser ce sentiment d’amour pur qui me ronge car il ne peut voler vers son sujet.
Ce sentiment est-il une illusion au sens où je chérirais une image idéale ?
En tout cas ses conséquences sont bien réelles : le cœur qui se serre, l’insomnie, l’incompréhension en pensant à mon épouse qui ne fait plus partie de ma vie et que je ne peux plus serrer dans mes bras.
La jalousie vis-à-vis de tous ces gens qui l’entourent et qui peuvent lui parler, lui sourire et avec qui elle échange.
Le désespoir d’être amputé d’une partie de mon être et de ne plus jamais retrouver son intégrité.
La souffrance est intolérable car elle ne peut être distraite : ni personne ni aucune activité ne m’empêchent de penser à Nancy en permanence. Quoique je fasse, il y a toujours un acte qui me rappelle ce que nous partagions.
Je voudrais sublimer cette souffrance en écrivant des poèmes, une nouvelle voire un roman, pour que mon amour trouve une expression qui le magnifie. Mais elle est actuellement paralysante et je sens le couteau qui continue de tournailler dans la plaie.

Pire je me sens bourreau. Je ressens la douleur de l’avoir rendue malheureuse, d’avoir créé chez elle un sentiment de harcèlement et d’enfermement. J’imagine qu’elle ressent actuellement un sentiment de libération qui doit s’accompagner d’un sentiment croissant d’avoir été empêchée pendant des années de s’épanouir, alors qu’elle mettait au-dessus de ses frustrations un amour auquel je n’ai pas su apporter de réciprocité. C’est peut-être le plus insupportable : avoir brisé les rêves de la personne que l’on aime et savoir que c’est impardonnable.

Le coup de poignard lorsque sur Facebook elle partage le post d’un ami de Grenoble.

Le deuxième coup de poignard lorsque je comprends qu’elle profite de mon absence pour venir chercher ses affaires, de manière évidente pour éviter de me rencontrer. Mais je ne peux lui en vouloir.

Insupportable : devenir un étranger à Nancy, devenir la personne dont elle veut se sentir la plus éloignée. Ne plus rien partager, même le moindre avis culturel, social ou politique. Passer d’être le plus proche et le plus intime à l’être mis à la plus grande distance.


Anniversaire

Soirée que je n’avais pas imaginé si difficile
Je pense si fort à toi en ce soir où j’espère que tu es heureuse
Mais où en même temps je souffre affreusement de ne pas être à tes côtés
Je t’imagine au restaurant, je te vois rire, sans moi. C’est une torture.
Cela n’a aucun sens. Cette soirée est notre soirée plus que toute autre
Elle cristallise ton absence, ta perte.
Je n’aurai évidemment aucun signe, et pour quelle raison d’ailleurs ?
Auras-tu lu Inside Alonzo King ? Auras-tu été émue ?
Je ne l’ai pas écrit dans ce but, mais en le publiant aujourd’hui
Je me suis dit que ce serait mon cadeau d’anniversaire.


Rêve

C’était si bon de rêver de toi. Si réel qu’en me réveillant, encore dans la brume du sommeil qui s’évanouissait, j’y ai cru quelques fragments de seconde.

Nous étions sous un arbre avec quelques amis. Tu étais sans doute assise sur l’herbe ou peut-être allongée sur le dos, les bras derrière la tête pour la surélever et suivre les discussions. Une jambe relevée et l’autre posée sur ton genou. Je ne me rappelle plus l’enchaînement de circonstances mais au milieu des conversations qui circulaient j’ai pris ou simplement touché, sans que cela soit intentionnel, ton pied qui était presque à ma hauteur. Je devais être assis sur un banc ; dans ce souvenir qui ne tardera pas à s’évanouir, un banc d’une de ces tables de pique-nique autour de laquelle nous nous étions retrouvés pour une petite pause à l’ombre du feuillage.

J’ai dû simplement effleuré tes orteils, sans réfléchir à ce que j’étais en train de faire, un geste que j’avais dû faire tant de fois et qui s’est déclenché naturellement comme si le temps se repliait et nous ramenait dans un passé proche, avant la séparation.

Etions nous là, maintenant ? Etions nous avant ? Tu n’as pas retiré ton pied et je l’ai doucement caressé, le dessus, la plante, tout en continuant à discuter. De mon côté il n’y avait pas d’intention ; je ne sais pas si de ton côté il y avait une conscience de cet instant partagé. Ma main s’est aventuré sur la cheville, a remonté vers le mollet. Ta peau était douce, elle ne frissonnait pas sous mes doigts. Je m’étais penché pour que ma main puisse ainsi remonter le long de ta jambe ; imperceptiblement tu t’es redressée et j’ai dû lâcher ton genou qui s’abaissait, au risque que la magie de l’instant ne s’évanouisse, mais nos visages se sont rapprochés et nous nous sommes embrassés. Ce n’était pas un baiser de réconciliation, c’était un premier baiser, tendre, insouciant, sans passé ni avenir.

Le temps s’est suspendu ; nos amis ont-ils réagi ? Etaient-ils comme nous dans un repli qui les avaient ramenés quelques mois en arrière ?

Bien sûr c’est à ce moment que j’ai commencé à me réveiller. J’ai d’abord pris conscience fugacement au sein de mon rêve de notre geste, première incursion de la réalité dans l’irréalité, et quasi instantanément, je me suis rendu compte que c’était un rêve, deuxième marche gravie pour sortir définitivement du songe.

Suis-je déçu ? Sans doute non, au sens où nous sommes loin l’un de l’autre et que ce moment qui paraissait si réel ne pouvait être qu’une illusion.

Suis-je nostalgique ? Sans doute un peu, tant ces moments de douceur, d’affection et d’émotion amoureuse me manquent.

Suis-je triste maintenant que je suis pleinement revenu dans le temps présent ? Non. Ce rêve me réchauffe. Il diffuse en moi une douce tiédeur. Cela me fait du bien de ressentir cette tendresse à son égard, qu’elle reste l’objet vers lequel mes pensées affectueuses peuvent se projeter plutôt qu’elles ne s’aigrissent en tournant en rond sans pouvoir s’échapper. Elle sera là, tapie en moi, tout au long de la journée, plus palpable qu’à l’ordinaire, tant que le souvenir de ce rêve ne se sera pas évanoui.


Haiku

Je me sens si près
Pourquoi est-elle si loin ?
L’hiver sans ses bras

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