GRAVURES REMBRANDT, Fondation Glénat, Grenoble

Exceptionnel et rarissime !

La Fondation Glénat a réussi le tour de force d’acquérir une collection unique de gravures de Rembrandt qui appartenait au collectionneur britannique Neil Kaplan, qui l’avait patiemment enrichie pendant plus de 30 ans après son premier achat en 1984, suite à un gain à la loterie ! Il a souhaité s’en séparer et le spécialiste de Rembrandt, Jean-François Heim, a été chargé de dénicher l’amateur éclairé qui éviterait la dispersion de cet ensemble exceptionnel. Il a désormais trouvé un nouvel écrin au Couvent Sainte-Cécile.

C’est évidemment exceptionnel par la quantité, mais ça l’est surtout par la qualité et par ce travail d’une minutie et d’une finesse quasi inconcevables de gravure. L’auto-portrait utilisé pour l’affiche fait seulement quelques centimètres de largeur et pourtant l’expression de surprise est totale, les yeux se plantent dans le regard du spectateur, les lèvres sont charnues et les mèches de cheveux débordent de son béret de peintre. Et Rembrandt avait inventé la haute-définition dès le XVIIème siècle car certaines gravures ont été agrandies plusieurs dizaines de fois pour servir de support de communication sans que cela n’altère les sujets représentés. Lire la suite

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HAPPY END de Michaël Haneke

Fin d’époque

Happy End est un huis-clos tendu au sein d’une famille de la grande bourgeoisie industrielle du Nord de la France dont les derniers rejetons se partagent les tares et les perversions issues d’une dégénérescence due à cette vie en vase-clos et faite de non-dits. Le cœur du film est cette immense demeure bourgeoise abritant le patriarche, Jean-Louis Trintignant, et ses deux enfants, Isabelle Huppert et Mathieu Kassovitz, qui tous deux ont apparemment réussi leur vie professionnelle, l’une reprenant l’entreprise familiale de travaux publics, l’autre étant chef du service de chirurgie de l’hôpital de Lille.

Mais la génération suivante semble avoir du mal à assumer la lignée familiale ! Le fils d’Isabelle Huppert, censé reprendre l’entreprise, n’assume ni ne supporte son rôle de futur dirigeant et la fille de Mathieu Kassovitz, tout juste 13 ans, porte sur la vie un regard distancié et cynique, peut-être rancunier, qui l’amène à mener des expériences troublantes.

Entomolgiste

Michaël Haneke filme ce petit monde comme un scientifique observant un éco-système d’insectes dans un bocal. Lire la suite

DES CLICS DE CONSCIENCE de Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso

Le chemin édifiant d’une pétition vers la loi

Leur pétition initiale, concernant l’utilisation des semences paysannes, aurait pu subir le sort de la plupart de celles qui émergent du grouillement de revendications qui nous interpellent quotidiennement : elles connaissent un succès d’estime, sensibilisent sans doute nombre de personnes qui sans Internet n’auraient pas manifesté leur opinion, mais ne débouchent concrètement sur aucun changement ni même aucun infléchissement des projets de loi contre lesquelles elles mobilisent les foules « cliqueuses ».

Sans doute la plus emblématique à ce titre est la pétition contre la loi El Khomri qui en deux semaines a réuni 1 million de signataires, établissant un record historique, mais n’a pas contribué – d’ailleurs pas plus que les manifestations – à empêcher la loi de passer. C’est d’ailleurs un constat terrible de certains des intervenants, pourtant assez satisfaits d’avoir donné de la visibilité aux sujets qui leur tiennent à coeur en recueillant des centaines de milliers de signatures, qui reconnaissent lapidairement qu’au final cela n’a rien changé.

C’est sans doute un des premiers enseignements forts, et un peu désespérant, de ce documentaire – vu en avant-première au Club en présence d’un des réalisateurs – et qui a conduit depuis leurs auteurs à entamer un autre combat : il n’y aucune courroie de transmission entre cette mobilisation citoyenne facilitée par Le Web et les réseaux sociaux et la fabrication de la loi. Ce qui est légèrement troublant est que les acteurs de l’industrialisation du geste pétitionnaire, interviewés à l’occasion, le reconnaissent de manière presque embarrassée comme si cette révélation risquait d’avoir un impact négatif sur leur business.

C’est donc après avoir imprimé les noms des 65 000 signataires, obligation légale pour déposer une pétition auprès d’une institution, mais sans pouvoir même franchir les portes du Ministère de l’Agriculture, que Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso, décident de mieux comprendre les mécanismes qui permettraient la prise en compte de tout ou partie de leur pétition et de relever le défi d’en faire un amendement dans la loi sur la Biodiversité en cours d’examen au Sénat après sa première lecture à l’Assemblée Nationale. Lire la suite