GROTTE CHAUVET

© Psaila-Perazio

Il y avait foule à l’entrée de la grotte. En ce jour du milieu de l’été -34048, toutes les figures connues de la bonne société Homo Sapiens, rive gauche et rive droite de l’Ardèche confondues, n’avaient pas hésité à faire des jours de marche pour assister à l’inauguration de ce nouveau lieu où l’on annonçait un spectacle encore jamais vu.

Elles avaient d’autant moins hésité que depuis quelque temps cette période de l’année devenait plus propice aux longs trajets car la température s’était nettement réchauffée – on descendait maintenant rarement en cette saison en dessous de -20° – et on pouvait espérer éviter pendant plusieurs jours ces tempêtes de neige qui rendaient la progression extrêmement périlleuse, surtout quand elles étaient flanquées du vent glacé qui soufflait des hauts-plateaux et plongeait les marcheurs dans un brouillard blanchâtre à couper à la pointe de sagaie.

Knouk accueillait personnellement les invités et ne pouvait cacher son plaisir, teinté de revanche, de voir défiler devant lui tous ceux qui le méprisaient – en privé il les traitait de Cro-Magnon – et qui considéraient ses activités comme inutiles, voire nuisibles et en tout cas sans intérêt ni avenir. Quelques mois plus tôt il avait essuyé les moqueries à cause de ses idées farfelues de gribouiller sur les pierres ou sur le sol, des formes censées représenter les animaux. Pour ces congénères, ils étaient dans le meilleur des cas un gibier, mais la plupart du temps une menace. D’ailleurs, un certain nombre d’amis de Knouk, avaient fait les frais de leur désir d’observer au plus près la faune locale, finissant piétinés par un mammouth laineux sans même que l’animal ne s’en rende compte, ou soulevé, à une hauteur de laquelle ils retombaient en se fracassant les os, par les bois monumentaux d’un mégacéros, lorsque celui-ci relevait la tête et qu’il embarquait ce fétu de paille qui tentait d’observer sa parure frontale. Lire la suite

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BOUFFER

–   Mais arrête avec ce mot !

–   Quel mot ?

–   Bouffer, tu viens de le redire « J’ai bouffé avec mon fils … ». C’est laid. Tu ne peux pas dire « J’ai déjeuné » ou même « J’ai mangé ». Mais franchement, Bouffer c’est vulgaire.
Je vous vois bien tous les deux. Penchés sur votre assiette, les bras écartés, les lèvres qui touchent votre fourchette. En la ramenant frénétiquement, pour vous remplir le gosier le plus rapidement possible. Sans vous préoccuper de ce que vous mangez.

–   Sympa ! Je vois que tu as une image flatteuse de mes repas en famille !

–   Allez ne te vexe pas. Mais je n’aime pas ce mot, dit-elle en esquissant un petit rire.
Et tu as déjà vu ces types légèrement courbés pour éviter de tâcher leur tee-shirt, qui couvre difficilement leur bedaine. En train d’avaler un sandwich emballé dans du papier. Et à chaque fois qu’ils resserrent les mâchoires dessus, il y a de la sauce qui coule ou des miettes qui s’échappent.
Avoue, ce n’est quand même pas très classe ! Lire la suite

LES RUBANS BLEUS

Sur sa peau dorée deux fines bretelles
Retiennent sa robe en suspension
Deux rubans bleus et plats noués sur elles
Maintiennent l’étoffe sous tension.

Entre pouces et index, je délace
Le premier nœud, libère le tissu.
Elle me fixe, apeurée de l’audace
Qui découvre une épaule à son insu.

Sous une caresse inhabituelle
Je sens un léger frisson duveté.
Quand s’efface la seconde bretelle,

Dans un réflexe de timidité,
De ses deux bras croisés, mains à plat, elle
Dérobe à mon regard, sa nudité.

 

 

 

 

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