QUI A TUÉ MON PÈRE de Edouard Louis

Un long cri, une souffrance intime.

« Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. »

Ce livre m’a fait penser à cette réplique culte du Bon, la Brute et le Truand, tout d’abord pour le simple fait qu’il divise effectivement le monde en deux : ceux chez qui tout ou partie de ce long cri rentre en résonance intimement, hors et au-delà de toute analyse intellectuelle et ceux qui vont le dénigrer, le trouvant caricaturalement mélodramatique. Et puis finalement, ce livre n’est-il pas aussi l’histoire de ceux qui ont le doigt sur la gâchette ou tout du moins qui sont du bon côté de la crosse, face à ceux qui creusent leur tombe ?

Ce texte est une souffrance, celle vécue par les parents de l’auteur, celle de l’incompréhension et de l’impuissance, une souffrance source d’une violence faite à soi-même, qui brise les rêves et les espoirs avant qu’ils aient pu s’exprimer, une violence à soi qui s’extériorise en violence aux autres – en particulier envers ce fils différent – faute de pouvoir rugir sa haine, son amertume, son désespoir à la face de ceux qui au loin, inaccessibles, alimentent la mécanique implacable qui broie la famille d’Edouard Louis et ses semblables. Lire la suite

Publicités