POUR LE RÉCONFORT de Vincent Macaigne

Vincent Macaigne est un réconfort !

J’adore Albert Dupontel. J’ai ri aux larmes il y a des années de cela à l’un de ses spectacles. J’aime son regard décalé, son côté piquant et combatif. Cette rage dont on sent qu’elle bouillonne lorsqu’il répond à des journalistes qui essayent comme trop souvent de l’enfermer dans des clichés. J’ai entendu plusieurs interviews sur « Au revoir là-haut » où il expliquait qu’il avait fait une lecture à la fois sociale et fantastique du Prix Goncourt 2013. D’ailleurs comment échapper au battage médiatique entourant ce film ? De quoi espérer, compte tenu du budget de 20 M €, un spectacle poignant, qui ferait peut-être écho à notre époque, et qui emporterait le spectateur.

Rien, aucune émotion, une succession de scènes décousues avec un double dénouement d’une lourdeur totale.

J’adore Vincent Macaigne. J’ai été bluffé il y a quelques années par sa pièce « Idiot ! » à la MC2. J’aime son regard décalé, son côté piquant et combatif. Cette rage dont on sent qu’elle bouillonne lorsqu’il répond à des journalistes qui essayent comme trop souvent de l’enfermer dans des clichés. Je n’avais pas spécialement entendu parler de son premier long métrage. Ah si j’avais juste entendu dire qu’il l’avait tourné quasiment sans budget et grâce à la bonne volonté de quelques amis comédiens et techniciens.

Une grand claque, une fureur qui parfois transperce l’écran et vous attrape par les tripes, une subtilité dans l’évolution des personnages qui entretient le questionnement, et une fin qui laisse le spectateur en suspension. Lire la suite

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GRAVURES REMBRANDT, Fondation Glénat, Grenoble

Exceptionnel et rarissime !

La Fondation Glénat a réussi le tour de force d’acquérir une collection unique de gravures de Rembrandt qui appartenait au collectionneur britannique Neil Kaplan, qui l’avait patiemment enrichie pendant plus de 30 ans après son premier achat en 1984, suite à un gain à la loterie ! Il a souhaité s’en séparer et le spécialiste de Rembrandt, Jean-François Heim, a été chargé de dénicher l’amateur éclairé qui éviterait la dispersion de cet ensemble exceptionnel. Il a désormais trouvé un nouvel écrin au Couvent Sainte-Cécile.

C’est évidemment exceptionnel par la quantité, mais ça l’est surtout par la qualité et par ce travail d’une minutie et d’une finesse quasi inconcevables de gravure. L’auto-portrait utilisé pour l’affiche fait seulement quelques centimètres de largeur et pourtant l’expression de surprise est totale, les yeux se plantent dans le regard du spectateur, les lèvres sont charnues et les mèches de cheveux débordent de son béret de peintre. Et Rembrandt avait inventé la haute-définition dès le XVIIème siècle car certaines gravures ont été agrandies plusieurs dizaines de fois pour servir de support de communication sans que cela n’altère les sujets représentés. Lire la suite

HAPPY END de Michaël Haneke

Fin d’époque

Happy End est un huis-clos tendu au sein d’une famille de la grande bourgeoisie industrielle du Nord de la France dont les derniers rejetons se partagent les tares et les perversions issues d’une dégénérescence due à cette vie en vase-clos et faite de non-dits. Le cœur du film est cette immense demeure bourgeoise abritant le patriarche, Jean-Louis Trintignant, et ses deux enfants, Isabelle Huppert et Mathieu Kassovitz, qui tous deux ont apparemment réussi leur vie professionnelle, l’une reprenant l’entreprise familiale de travaux publics, l’autre étant chef du service de chirurgie de l’hôpital de Lille.

Mais la génération suivante semble avoir du mal à assumer la lignée familiale ! Le fils d’Isabelle Huppert, censé reprendre l’entreprise, n’assume ni ne supporte son rôle de futur dirigeant et la fille de Mathieu Kassovitz, tout juste 13 ans, porte sur la vie un regard distancié et cynique, peut-être rancunier, qui l’amène à mener des expériences troublantes.

Entomolgiste

Michaël Haneke filme ce petit monde comme un scientifique observant un éco-système d’insectes dans un bocal. Lire la suite

DES CLICS DE CONSCIENCE de Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso

Le chemin édifiant d’une pétition vers la loi

Leur pétition initiale, concernant l’utilisation des semences paysannes, aurait pu subir le sort de la plupart de celles qui émergent du grouillement de revendications qui nous interpellent quotidiennement : elles connaissent un succès d’estime, sensibilisent sans doute nombre de personnes qui sans Internet n’auraient pas manifesté leur opinion, mais ne débouchent concrètement sur aucun changement ni même aucun infléchissement des projets de loi contre lesquelles elles mobilisent les foules « cliqueuses ».

Sans doute la plus emblématique à ce titre est la pétition contre la loi El Khomri qui en deux semaines a réuni 1 million de signataires, établissant un record historique, mais n’a pas contribué – d’ailleurs pas plus que les manifestations – à empêcher la loi de passer. C’est d’ailleurs un constat terrible de certains des intervenants, pourtant assez satisfaits d’avoir donné de la visibilité aux sujets qui leur tiennent à coeur en recueillant des centaines de milliers de signatures, qui reconnaissent lapidairement qu’au final cela n’a rien changé.

C’est sans doute un des premiers enseignements forts, et un peu désespérant, de ce documentaire – vu en avant-première au Club en présence d’un des réalisateurs – et qui a conduit depuis leurs auteurs à entamer un autre combat : il n’y aucune courroie de transmission entre cette mobilisation citoyenne facilitée par Le Web et les réseaux sociaux et la fabrication de la loi. Ce qui est légèrement troublant est que les acteurs de l’industrialisation du geste pétitionnaire, interviewés à l’occasion, le reconnaissent de manière presque embarrassée comme si cette révélation risquait d’avoir un impact négatif sur leur business.

C’est donc après avoir imprimé les noms des 65 000 signataires, obligation légale pour déposer une pétition auprès d’une institution, mais sans pouvoir même franchir les portes du Ministère de l’Agriculture, que Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso, décident de mieux comprendre les mécanismes qui permettraient la prise en compte de tout ou partie de leur pétition et de relever le défi d’en faire un amendement dans la loi sur la Biodiversité en cours d’examen au Sénat après sa première lecture à l’Assemblée Nationale. Lire la suite

NOS ANNÉES FOLLES de André Téchiné

Droit à l’erreur dans une belle et longue carrière !

Comment faire d’un sujet intéressant, qui interroge l’identité sexuelle et la bisexualité latente de tout être humain – au sens où en chacun de nous cohabitent, dans des proportions variées, masculin et féminin – un film qui évite consciencieusement de traiter la question, et qui peut induire – sans doute involontairement, laissons à André Téchiné le bénéfice du doute – certaines interprétations ambiguës sur l’essence d’un travesti.

Comment effectivement comprendre le fait qu’à peine maquillé, perruqué, vêtu d’une robe et d’une écharpe qui dissimule sa pomme d’Adam, Paul, rebaptisé Suzanne, va directement au Bois de Boulogne faire des passes, sans que cela ne soulève aucune question ? Déserteur et condamné à rester à la cave, il éclatait de rire devant la proposition de son épouse de le déguiser en femme pour pouvoir sortir, et refusait même l’idée de se travestir. Et on le retrouve quelques jours plus tard, tout naturellement, en train de se prostituer, et d’en être visiblement heureux. Dans une mise en scène d’un autre âge où, usant d’une allégorie théâtrale, le réalisateur a le bon goût – c’est ironique – de nous épargner les détails des pratiques auxquelles Paul se livre. Lire la suite

THE PARTY de Sally Potter

Un bijou de cynisme et d’humour noir

Janet, cheffe d’un parti d’opposition, vient d’être nommée Ministre de la Santé, et elle accueille le soir même, chez elle, ses amis les plus proches pour célébrer cette victoire, fruit d’un combat de longue haleine empreint de féminisme et de convictions fortes sur l’importance du service public.

On sent immédiatement l’ambiance bobo-chic, accentué par un noir et blanc élégant. Janet est aux fourneaux, restant naturellement ordinaire malgré ses futures hautes fonctions. Son téléphone sonne sans arrêt au rythme des félicitations. La soirée s’annonce chaleureuse, conviviale et émouvante. Pourtant on se demande qui est cet homme affalé, apathique dans un fauteuil du salon – le mari de Janet ? son père quasi impotent ? – qui se lève péniblement pour mettre un 33 tours de … rock. Décalage assuré et comme un pressentiment que tout ne sera peut être pas aussi simple et rectiligne qu’il n’y paraît !

Les convives arrivent, galerie caricaturale à souhait de progressistes libertaires : l’amie politique, venimeuse, et son compagnon empreint de philosophie asiatique, attelage pour le moins improbable, le couple de lesbiennes dont la différence d’âge réservera quelques surprises, enfin Tom, un jeune financier agité et cocaïnomane, vivant avec Marianne, la meilleure amie de Janet et sa future collaboratrice, retardée et censée arrivée plus tard.

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GOOD TIME de Ben et Joshua Safdie

Tendu et assez barré !

Course contre le temps, course contre l’argent, course contre l’institution. Une cavalcade tendue, parfois surréaliste de deux frères, puis d’un, pour quitter la grisaille et la misère new yorkaise et s’évader sous le soleil des Tropiques.

Il existe beaucoup de films mettant en scène l’épopée de deux frères ; parfois ils s’opposent violemment comme dans « La Nuit nous appartient », parfois ils se découvrent et font corps comme dans « RainMan », souvent ils se serrent les coudes pour triompher de l’adversité. Mais il y en toujours un qui a une position plus stable que l’autre et qui va généralement finir par tirer la fratrie vers le haut. Dans Good Time, l’un est déficient mental et l’autre, s’il présente les signes extérieurs de la normalité, semble la plupart du temps agir sous acide et arbore en permanence un regard halluciné. Une belle équipe !

Evidemment tout va aller de mal en pis dans cette chevauchée improbable dont on on sent bien dès le début qu’elle ne réservera pas au spectateur un miraculeux « happy end » après une dernière pirouette scénaristique. Mais tout le génie du metteur en scène est de quand même nous surprendre avec des rebondissements inattendus et fantasques qui brisent la linéarité de cette inexorable dégringolade. Et surtout il ne nous laisse jamais respirer. La tension est permanente soit à cause de l’action en cours soit parce que le spectateur se demande ce que ce frère qui se veut protecteur de son cadet va bien pouvoir inventer pour les enfoncer encore un peu plus à son corps défendant. Lire la suite

GROTTE CHAUVET

© Psaila-Perazio

Il y avait foule à l’entrée de la grotte. En ce jour du milieu de l’été -34048, toutes les figures connues de la bonne société Homo Sapiens, rive gauche et rive droite de l’Ardèche confondues, n’avaient pas hésité à faire des jours de marche pour assister à l’inauguration de ce nouveau lieu où l’on annonçait un spectacle encore jamais vu.

Elles avaient d’autant moins hésité que depuis quelque temps cette période de l’année devenait plus propice aux longs trajets car la température s’était nettement réchauffée – on descendait maintenant rarement en cette saison en dessous de -20° – et on pouvait espérer éviter pendant plusieurs jours ces tempêtes de neige qui rendaient la progression extrêmement périlleuse, surtout quand elles étaient flanquées du vent glacé qui soufflait des hauts-plateaux et plongeait les marcheurs dans un brouillard blanchâtre à couper à la pointe de sagaie.

Knouk accueillait personnellement les invités et ne pouvait cacher son plaisir, teinté de revanche, de voir défiler devant lui tous ceux qui le méprisaient – en privé il les traitait de Cro-Magnon – et qui considéraient ses activités comme inutiles, voire nuisibles et en tout cas sans intérêt ni avenir. Quelques mois plus tôt il avait essuyé les moqueries à cause de ses idées farfelues de gribouiller sur les pierres ou sur le sol, des formes censées représenter les animaux. Pour ces congénères, ils étaient dans le meilleur des cas un gibier, mais la plupart du temps une menace. D’ailleurs, un certain nombre d’amis de Knouk, avaient fait les frais de leur désir d’observer au plus près la faune locale, finissant piétinés par un mammouth laineux sans même que l’animal ne s’en rende compte, ou soulevé, à une hauteur de laquelle ils retombaient en se fracassant les os, par les bois monumentaux d’un mégacéros, lorsque celui-ci relevait la tête et qu’il embarquait ce fétu de paille qui tentait d’observer sa parure frontale. Lire la suite

PEGGY GUGGENHEIM, LA COLLECTIONEUSE de Lisa Immordino Vreeland

Un jour nous irons à Venise

Une larme qui coule sur la joue. Une oeuvre peut-elle vous émouvoir à ce point ? Où est-ce la vie de cette femme exceptionnelle qui est si troublante ?

Guggenheim, un nom qui résonne aux oreilles des amateurs d’art et dont les musées sont sublimés par des architectes de renom. Mais Peggy, qui la connaît ? Nièce de Solomon Guggenheim, celui qui fortune faite, s’est transformé en collectionneur et mécène, elle a mené sa vie en rupture avec sa richissime famille, ne s’intéressant qu’aux jeunes artistes de son époque, et contribuant à faire émerger certains des talents exceptionnels du XXème siècle.

Autodidacte, longtemps méprisée par la bonne société, décriée pour ses choix artistiques, elle a tracé sa route sans souci de sa réputation, guidée par son goût des oeuvres, son attirance pour les créateurs et sa passion amoureuse pour certain d’entre eux.

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LUMIÈRES D’ÉTÉ de Jean-Gabriel Périot

Le fantôme d’Hiroshima

Le film commence par un double coup de marteau : le récit de l’explosion de la bombe d’Hiroshima par une survivante, qui à l’époque avait 14 ans, et qui y a assisté en tant que spectatrice et victime. Les mots sont simples, horriblement concrets ; la voix nous transporte petit à petit sur cette route que parcourt la jeune fille à la recherche de sa mère et où elle laisse sur le bas-côtés ces gens qui vaquaient à leurs occupations quotidiennes et dont soudain le corps se transforme sous l’impact des radiations et des brûlures. Le récit est long, par moment on se demande si l’on ne va pas décrocher, mais la force intérieure du souvenir nous ramène sans faille à cet événement dont Mme Takeda, qui n’en avait jamais parlé publiquement auparavant, n’a oublié aucun détail 70 ans plus tard. D’autant que sa sœur Michiko, jeune infirmière de 20 ans n’a pas survécu, se sacrifiant au chevet des irradiés.

Touché par cette histoire, dont il sent qu’elle remue des choses profondément enfouies, le réalisateur japonais, qui terminait avec ce témoignage éprouvant son documentaire pour la télévision française, ressent le besoin de prendre l’air et sort s’asseoir sur un banc dans le Parc de la Paix, tout proche de l’hôtel d’Hiroshima où se tenait le tournage.

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