NOS ANNÉES FOLLES de André Téchiné

Droit à l’erreur dans une belle et longue carrière !

Comment faire d’un sujet intéressant, qui interroge l’identité sexuelle et la bisexualité latente de tout être humain – au sens où en chacun de nous cohabitent, dans des proportions variées, masculin et féminin – un film qui évite consciencieusement de traiter la question, et qui peut induire – sans doute involontairement, laissons à André Téchiné le bénéfice du doute – certaines interprétations ambiguës sur l’essence d’un travesti.

Comment effectivement comprendre le fait qu’à peine maquillé, perruqué, vêtu d’une robe et d’une écharpe qui dissimule sa pomme d’Adam, Paul, rebaptisé Suzanne, va directement au Bois de Boulogne faire des passes, sans que cela ne soulève aucune question ? Déserteur et condamné à rester à la cave, il éclatait de rire devant la proposition de son épouse de le déguiser en femme pour pouvoir sortir, et refusait même l’idée de se travestir. Et on le retrouve quelques jours plus tard, tout naturellement, en train de se prostituer, et d’en être visiblement heureux. Dans une mise en scène d’un autre âge où, usant d’une allégorie théâtrale, le réalisateur a le bon goût – c’est ironique – de nous épargner les détails des pratiques auxquelles Paul se livre. Lire la suite

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THE PARTY de Sally Potter

Un bijou de cynisme et d’humour noir

Janet, cheffe d’un parti d’opposition, vient d’être nommée Ministre de la Santé, et elle accueille le soir même, chez elle, ses amis les plus proches pour célébrer cette victoire, fruit d’un combat de longue haleine empreint de féminisme et de convictions fortes sur l’importance du service public.

On sent immédiatement l’ambiance bobo-chic, accentué par un noir et blanc élégant. Janet est aux fourneaux, restant naturellement ordinaire malgré ses futures hautes fonctions. Son téléphone sonne sans arrêt au rythme des félicitations. La soirée s’annonce chaleureuse, conviviale et émouvante. Pourtant on se demande qui est cet homme affalé, apathique dans un fauteuil du salon – le mari de Janet ? son père quasi impotent ? – qui se lève péniblement pour mettre un 33 tours de … rock. Décalage assuré et comme un pressentiment que tout ne sera peut être pas aussi simple et rectiligne qu’il n’y paraît !

Les convives arrivent, galerie caricaturale à souhait de progressistes libertaires : l’amie politique, venimeuse, et son compagnon empreint de philosophie asiatique, attelage pour le moins improbable, le couple de lesbiennes dont la différence d’âge réservera quelques surprises, enfin Tom, un jeune financier agité et cocaïnomane, vivant avec Marianne, la meilleure amie de Janet et sa future collaboratrice, retardée et censée arrivée plus tard.

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GOOD TIME de Ben et Joshua Safdie

Tendu et assez barré !

Course contre le temps, course contre l’argent, course contre l’institution. Une cavalcade tendue, parfois surréaliste de deux frères, puis d’un, pour quitter la grisaille et la misère new yorkaise et s’évader sous le soleil des Tropiques.

Il existe beaucoup de films mettant en scène l’épopée de deux frères ; parfois ils s’opposent violemment comme dans « La Nuit nous appartient », parfois ils se découvrent et font corps comme dans « RainMan », souvent ils se serrent les coudes pour triompher de l’adversité. Mais il y en toujours un qui a une position plus stable que l’autre et qui va généralement finir par tirer la fratrie vers le haut. Dans Good Time, l’un est déficient mental et l’autre, s’il présente les signes extérieurs de la normalité, semble la plupart du temps agir sous acide et arbore en permanence un regard halluciné. Une belle équipe !

Evidemment tout va aller de mal en pis dans cette chevauchée improbable dont on on sent bien dès le début qu’elle ne réservera pas au spectateur un miraculeux « happy end » après une dernière pirouette scénaristique. Mais tout le génie du metteur en scène est de quand même nous surprendre avec des rebondissements inattendus et fantasques qui brisent la linéarité de cette inexorable dégringolade. Et surtout il ne nous laisse jamais respirer. La tension est permanente soit à cause de l’action en cours soit parce que le spectateur se demande ce que ce frère qui se veut protecteur de son cadet va bien pouvoir inventer pour les enfoncer encore un peu plus à son corps défendant. Lire la suite