LE DISCIPLE de Kirill Serebrennikov

Radicalisation au grand jourle-disciple

Kirill Serebrennikov, dont on peut lire une longue interview cette semaine dans Télérama, met en scène une tendance qu’il a vu se développer en Russie depuis l’adoption d’une loi qui autorise tout à chacun à porter plainte s’il s’estime heurter dans ses convictions religieuses. Cette loi a été conçue après le happening des Pussy Riot dans une cathédrale en 2012, et est devenue une arme redoutable contre les opposants et les artistes qui ne roulent pas pour le régime.

S’appuyant sur un dispositif simple qui nous indique d’où sont extraites les tirades scandées par ce jeune homme qui se radicalise, le réalisateur passe en revue les thèses des intégristes religieux de toutes confessions : la volonté de faire disparaître le corps des femmes, la haine et le dégoût de l’homosexualité, la négation de l’évolution et la promotion du créationnisme.

La religion orthodoxe étant redevenue un pilier des classes dirigeantes russes, les autorités du lycée se montrent particulièrement indulgentes voire complaisantes à l’égard de Veniamin. Seule une professeure de biologie tente de faire entendre la voie de la raison et de la science, mais se heurte au conservatisme de sa hiérarchie et à la présence croissante du pope local, qui sous ses airs de bonhomie, cautionne les propos les plus réactionnaires, dans une volonté de ne pas se laisser dépasser par le lycéen. Lire la suite

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KANDINSKY, LES ANNÉES PARISIENNES, Musée de Grenoble

kandinsky-afficheVoyage aux pays des formes et des couleurs

Ce nom, Kandinsky, fait partie de ceux que l’on a déjà entendu, que l’on associe à une forme d’art moderne, sans doute de la peinture, mais dont on serait bien incapable, en tout cas en ce qui me concerne, de préciser l’époque exacte, de nommer le style de ses oeuvres et de dire où il se situe dans l’histoire de son art.

Dès la première salle le visiteur est fixé : Vassily Kandinsky, né à Moscou et décédé en France, est considéré comme l’un des fondateurs, si ce n’est le fondateur de l’art abstrait et le premier à avoir peint des oeuvres non figuratives. Ce nom inconsciemment familier, est tout simplement l’un des artistes majeurs du XXème siècle, tout autant par sa production que par ses écrits car il a non seulement inventé une nouvelle peinture mais il a également théorisé sa démarche au travers de deux livres qui font maintenant référence en la matière : « Du spirituel dans l’art » et « Point et ligne sur plan ».

L’exposition nous embarque donc, à travers les dix dernières années qu’il a passées en France, dans un voyage dans l’histoire de l’art. Bien que sa renommée soit internationale, il mettra du temps à s’imposer à Paris où la scène artistique est dominée par les surréalistes, la peinture surplombée par l’oeuvre déjà gigantesque de Picasso, et où l’art abstrait est incarné par Mondrian, ses lignes droites et orthogonales et son choix de n’utiliser que le jaune, le rouge et le bleu. Il tissera plutôt des liens avec des écrivains comme André Breton, avec qui il a beaucoup échangé, et qui a écrit la préface du catalogue d’une de ses expositions. La visite guidée, samedi ou dimanche après-midi, permet de vraiment s’imprégner de cette atmosphère et d’apprécier les oeuvres dans leur contexte. Lire la suite

SNOWDEN de Oliver Stone

snowdenDu patriotisme à l’héroïsme … ordinaire

Le défi pour Oliver Stone était immense face au documentaire de Laura Poitras sorti en 2014, Citizen Four, qui nous faisait vivre réellement les révélations et la fuite d’Edward Snowden dans un  huis-clos étouffant et une tension palpable à chaque instant. La situation et son importance historique suffisaient à faire de ce documentaire un véritable thriller où l’on était à la fois bluffé du courage du lanceur d’alerte et où l’on s’inquiétait face à cette vie qui basculait dans l’inconnu. La réalité dépassant d’emblée toute fiction, et le dénouement étant maintenant connu de la planète entière, Oliver Stone a préféré nous raconter les années qui ont précédé la décision d’Edward Snowden et surtout le cheminement personnel qui y a conduit.

Clairement le film ne vaut que par l’observation du parcours de ce jeune patriote engagé dans les forces spéciales, mais qui suite à une fracture qui l’empêche de terminer sa formation, décidera de mettre ses compétences informatiques au service de la CIA. Lire la suite

I, DANIEL BLAKE de Ken Loach

daniel-blake-600La machine à broyer

Le couronnement par la Palme d’Or au Festival de Cannes d’un film qui dénonce les dérives de la société libérale et dont les héros font partie des citoyens les plus marginalisés donne toujours lieu à un moment paradoxal : un parterre de smokings et de robes de soirée, tout strass et paillettes dehors, parangon, pour la plupart des spectateurs, de la mondialisation du cinéma, honore d’une standing ovation un réalisateur qui dénonce la déchéance provoquée par ce libéralisme échevelé dont une partie de cette audience est sans aucun doute l’émanation.

Il est alors savoureux de ré-écouter le discours de remerciement de Ken Loach, prononcé juste après que Mel Gibson et George Miller lui ait remis la Palme : « Mais ce monde dans lequel nous vivons, se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes au bord d’un projet d’austérité qui est conduit par des idées que nous appelons néolibérales qui risquent de nous amener à la catastrophe. Ces pratiques néo-libérales ont entraîné dans la misère des millions de personnes de la Grèce au Portugal avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse. »

Compte tenu des personnes qui lui ont remis son prix, on ne peut s’empêcher alors d’imaginer dans un raccourci saisissant, que cette dérive si elle est poussée à l’extrême, nous entraîne vers un avenir cataclysmique à la … Mad Max. Lire la suite