AVE CÉSAR ! de Joel et Ethan Coen

Ave César400pxLa rédaction du Blog ne comptant qu’une seule personne, je vais pratiquer un des exercices habituels de mon magazine culturel hebdomadaire favori, en jouant les deux rôles, POUR et CONTRE. Comme tout bobo qui se respecte, je ne me demande pas s’il faut aller voir les dernières productions de Woody Allen ou des frères Coen, généralement encensés quoi qu’il arrive par Télérama – ceci dit leur critique d’Ave César ! est très mitigée, comme quoi tout peut arriver. Ce genre d’automatisme réserve son lot de plaisirs et de déceptions. On se dit même parfois qu’au prochain film on réfléchira avant de se précipiter, lassé de se faire embarquer régulièrement dans des histoires insipides qui ne font pas honneur à leurs auteurs. Et puis quand il sort, on y retourne quand même, se disant qu’il y a toujours quelques passages savoureux, un acteur ou une actrice inhabituels dont on veut voir comment ces réalisateurs l’ont traité, et l’impérieuse nécessité de pouvoir en parler en société.

POUR. Tout le monde sait que Georges Clooney, acteur vedette, se fait enlever au beau milieu du tournage d’un peplum, où son personnage tombe sous le charme du Christ. Mais qui sont ses ravisseurs ? Quel est leur objectif ? Agissent-ils pour eux-mêmes ou pour un commanditaire ? Quoi de plus cruellement humoristique que de suivre un Georges Clooney en jupette et cothurnes qui, au début, peine à comprendre les motivations des kidnappeurs, nettement plus intellectuelles que crapuleuses, et qui, une fois libéré, endosse leur discours face à Eddie Manix, garde-chiourme des studios. S’en suit une scène de châtiment fruit de la cruauté jouissive des frères Coen vis à vis de Georges Clooney. Sans doute les seuls à pouvoir se permettre une telle séquence. Et rien que pour ça … Lire la suite

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STEVE JOBS de Danny Boyle

Steve Jobs 400pxY aller ou pas ? J’avais zappé le biopic il y a deux ans avec Ashton Kutcher, dont on se demandait quelle mouche avait piqué le réalisateur pour confier un tel rôle à l’acteur de Toy Boy et Sex Friends.

Steve Jobs inspire des réactions d’attirance-répulsion, tant il combinait le génie qui révolutionnait nos vies quotidiennes et une personnalité dure voire méprisante avec ses collaborateurs. Cliché rebattu de l’artiste exceptionnel qui fait vibrer les foules mais qui a un caractère de chien et vit dans une totale misère humaine. Cette ambivalence peut être encore plus forte pour les anciens employés d’Apple qui à la fois ne veulent pas voir le mythe brisé tant il les a fait rêver lors du dévoilement de tous ces nouveaux produits qui alliaient technologie et facilité d’utilisation, mais qui pour la plupart d’entre eux, lucides, surtout s’ils se sont éloignés du cœur du réacteur, savaient qu’ils n’étaient qu’un simple rouage dans cette machine à cash qui créait un sentiment d’appartenance à un petit monde d’élus, proche parfois d’un comportement religieux. Lire la suite

INSIDE ALONZO KING LINES BALLET, Théâtre du Vellein, Villefontaine

Théâtre VillefontaineJ’ai vécu lundi 8 février un moment rare en assistant tout l’après-midi au cours puis à la répétition de la troupe d’Alonzo King, que j’avais vue le mercredi précédent, ressortant émerveillé de la qualité et de la sensibilité du spectacle. Je faisais le chauffeur pour le fiston, invité à participer à cette session de préparation avant les performances du mardi et mercredi à Villefontaine. Il poursuit de ce côté de l’océan Atlantique le premier contact qu’il avait eu il y a bientôt deux ans avec LINES Ballet lorsqu’il était à Seattle. Une audition intense sur 3 jours qui lui avait permis de se faire connaître, encore trop jeune à l’époque pour entrouvrir la porte d’un ballet d’un tel niveau et d’une telle réputation, mais une belle opportunité de se confronter à l’excellence et de semer un petit caillou. Lire la suite

SALAFISTES de Lemine Ould M. Salem et François Margolin

Les Salafistes 400A l’origine je n’avais pas l’intention d’aller voir ce documentaire, car je n’ai aucun goût de voyeurisme pour des actes barbares et sanguinolents, annoncés comme des passages difficiles à supporter. Et je n’en avais pas non plus besoin pour me persuader que ces gens sont une plaie pour l’humanité. Ce qui m’a finalement convaincu : une interview des deux réalisateurs, à l’époque dans l’attente du niveau d’interdiction qui serait décidé par le Ministère de la Culture, et qui disait vouloir faire confiance à l’intelligence des spectateurs pour ne pas voir dans leur documentaire de la propagande mais bien sûr la dénonciation de ces mouvements obscurantistes. Finalement il a été interdit aux moins de 18 ans, ce qui a des conséquences importantes à terme sur sa diffusion à la télévision puisque France Télévision malgré que France 3 en soit co-producteur, a décidé de ne plus le programmer.

J’ai donc pris mon billet pour me faire mon opinion et voir si le pari de l’intelligence pouvait être tenu. Le documentaire mélange images de propagande de Daech, interviews de salafistes qui imposaient la charia à Gao au Mali, de salafistes de Mauritanie et d’un Tunisien, salafiste également, et qui tient, situation surréaliste, un site Internet de « lifestyle » comme il le dit. Lire la suite

ALONZO KING LINES BALLET, La Rampe à Echirolles

Alonzo KingJ’avais quelque raison personnelle d’aller voir ce spectacle de la troupe d’Alonzo King, Lines Ballet. Mais même sans un tel prétexte, il ne fallait pas manquer cette opportunité d’aller découvrir un ballet dont le fondateur est considéré par ses pairs comme une figure majeure de la chorégraphie actuelle :

« Alonzo King is one of the few, true Ballet Masters of our times. His intimacy with Ballet’s multiple histories has made his choreography rich with the complex refractions that demonstrate a full command of the art’s intricacies… » William Forsythe

Alonzo King a créé sa compagnie à San Francisco il y a plus de 30 ans, à la croisée de l’excellence technique du classique et d’influences contemporaines non seulement de la danse mais aussi de la musique, jazz, rythmes africains, musique indienne, … Il alterne chorégraphie pour de nombreux ballets classiques ou contemporains, participations à des projets d’opéra, de télévision ou de cinéma et créations pour sa propre compagnie. Lire la suite

SPOTLIGHT de Tom McCarthy

SpotlightAprès toutes les affaires révélées depuis des années, ce film traitant de prêtres pédophiles aurait pu malheureusement être tourné  dans bien d’autres pays et bien d’autres villes. Sa force particulière tient à plusieurs facteurs. Tout d’abord la place et le rôle de la religion aux Etats-Unis : elle est un des fondements de la société américaine, comme en témoigne le serment prêté sur la Bible par tout nouveau président américain. Sans parler de ces hommes politiques, on l’a encore vu hier aux primaires de l’Iowa, qui truffent leur discours de références et de remerciements à Dieu. Dans une ville comme Boston le clergé y ajoute une influence financière considérable, infiltré dans tous les milieux économiques, réunissant lors de ses soirées de bienfaisance, les familles les plus huppées de la ville. Et bien sûr l’église tient l’école, de l’éducation intellectuelle et spirituelle à l’encadrement des activités sportives. La tâche est donc particulièrement ardue pour quiconque souhaite faire la lumière sur les pratiques criminelles des prêtres : il a contre lui l’ensemble des institutions, solidaires pour éviter toute vague dans la bonne société, et se heurte même aux grands cabinets d’avocats qui font fortune en négociant des arrangements confidentiels entre les victimes et les autorités religieuses. Lire la suite