GRAVURES REMBRANDT, Fondation Glénat, Grenoble

Exceptionnel et rarissime !

La Fondation Glénat a réussi le tour de force d’acquérir une collection unique de gravures de Rembrandt qui appartenait au collectionneur britannique Neil Kaplan, qui l’avait patiemment enrichie pendant plus de 30 ans après son premier achat en 1984, suite à un gain à la loterie ! Il a souhaité s’en séparer et le spécialiste de Rembrandt, Jean-François Heim, a été chargé de dénicher l’amateur éclairé qui éviterait la dispersion de cet ensemble exceptionnel. Il a désormais trouvé un nouvel écrin au Couvent Sainte-Cécile.

C’est évidemment exceptionnel par la quantité, mais ça l’est surtout par la qualité et par ce travail d’une minutie et d’une finesse quasi inconcevables de gravure. L’auto-portrait utilisé pour l’affiche fait seulement quelques centimètres de largeur et pourtant l’expression de surprise est totale, les yeux se plantent dans le regard du spectateur, les lèvres sont charnues et les mèches de cheveux débordent de son béret de peintre. Et Rembrandt avait inventé la haute-définition dès le XVIIème siècle car certaines gravures ont été agrandies plusieurs dizaines de fois pour servir de support de communication sans que cela n’altère les sujets représentés. Lire la suite

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HENRI MATISSE, Le Laboratoire Intérieur, Musée des Beaux Arts de Lyon

Simple et génial comme un trait de crayonmatiise

Qu’attendre d’une exposition de dessins d’un des peintres les plus célébrés pour sa maîtrise des couleurs et la magie qu’elles insufflent à ses tableaux ?

Un émerveillement devant la simplicité et l’expressivité de ces oeuvres qui parfois sont des croquis préparatoires mais souvent sont des créations en tant que telles, Henri Matisse utilisant le crayon, l’encre de chine ou le fusain comme des outils qu’ils considérait aussi nobles que la peinture. Il a d’ailleurs dessiné tout au long de sa vie de ses débuts à l’Ecole des Beaux Arts à la veille de sa mort, où il faisait un dernier portrait de Lydia Delectorskaya, son assistante et modèle.

L’économie du trait

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Portrait de Greta Prozor, 1916 | Centre Georges Pompidou

Ce qui m’a frappé dans de nombreuses oeuvres est l’extrême économie du dessin. En quelques traits Henri Matisse croque un visage, saisit une expression, comme la moue boudeuse de Greta Prozor, actrice rencontrée par l’intermédiaire d’un marchand d’art. Ce dessin réalisé il y a exactement 100 ans traverse le siècle : on a en face de soi une adolescente d’aujourd’hui, rêveuse, se fichant totalement d’être le centre d’intérêt d’un des peintres déjà les plus reconnus de l’époque.

Cette économie trouve sans doute son apogée dans le portrait choisit pour l’affiche de l’exposition, Jacqueline, la petite-fille d’Henri Matisse. 13 coups de crayon en face desquels on reste figé devant cet accord entre sobriété et aboutissement. On ne peut évidemment rien enlever sous peine d’amputation ; mais on ne pourrait non plus rien ajouter sous peine de sabotage et de faire s’envoler la magie de cet équilibre. Lire la suite

RENÉ MAGRITTE, Centre Georges Pompidou, Paris

magritte-la-trahison-des-images-2016-2017_referenceEsthétiquement intellectuel

L’impression qui se dégage après cette visite somptueuse, est que l’on a fait un double voyage, aux pays des concepts et de l’esthétique. L’élégance, la subtilité, les effets contradictoires des tableaux sont mis au service de la réflexion de Magritte sur ce qu’est la représentation et sa fiabilité, et ce qu’elle provoque comme sensation et questionnement chez le spectateur.

On pourrait même organiser sa visite en deux passages : un premier en se laissant séduire par ces peintures paradoxales, mêlant hyper-réalisme et surréalisme, qui se laissent regarder pour leur simple qualité plastique ; un deuxième pour décrypter leur sens et pour plonger dans les interrogations qu’ouvre Magritte sur ce que le spectateur perçoit et sa réalité.

Ceci est bien un tableau !

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La Trahison des images, 1928 | Los Angeles County Museum of Art

On est accueilli par une version d’une de ses oeuvres les plus emblé-matiques et qui a donné son nom à l’exposition, « La Trahison des images ». Magritte y peint de manière extrêmement réaliste une pipe avec ce texte en dessous « Ceci n’est pas une pipe ». En effet aussi fidèlement soit-elle reproduite ce ne sera jamais que la représentation de l’objet et non l’objet lui-même. Réflexion portée à son paroxysme avec les tableaux de mots : puisque les images ne sont que des représentations et que c’est une construction intellectuelle qui les associent à l’objet réel, pourquoi ne pas se contenter simplement du mot qui désigne cet objet plutôt que de le peindre ?

Bien évidemment cela fait abstraction de l’effet sensible que ressent le spectateur face à une image, mais c’est une manière pour Magritte de revendiquer le côté philosophique et intellectuel de son art. Lire la suite

BERNARD BUFFET, Rétrospective, MAM, Paris

bernard-buffetItinéraire d’un peintre prodige !

Bernard Buffet fait partie de ses artistes dont le trait est reconnaissable à peine les yeux posés sur un tableau. Contours sombres, lignes tendues, regards lointains et insondables, visages exprimant la pesanteur. Il fait également partie de ces peintres qui divise le public de manière franche et irréconciliable, autant que son trait crée sur la toile le dehors et le dedans. Enfin il fait partie de ces talents qui surgissent à peine l’enfance terminée : l’année de ces 19 ans, premier tableau exposé et remarqué, puis première exposition particulière et premier achat d’une oeuvre par l’Etat pour le Musée d’Art Moderne !

Bernard Buffet a connu un succès immédiat et fulgurant. A 27 ans il arrive en tête d’une enquête du magazine Connaissance des Arts qui désigne le meilleur peintre d’après-guerre. Dès 1950 il vit avec … Pierre Bergé, qui rapidement va gérer sa carrière.

Sobriété, dépouillement, présence

La fresque qui accueille le visiteur avant même de pénétrer dans l’exposition est une scène célèbre de tauromachie qui éclate de couleurs et dont la composition est luxuriante, datée de 1966. Pourtant dès le seuil franchi on découvre son univers de jeunesse : une sobriété et un dépouillement qui au contraire ferait plutôt penser à la maturité d’un artiste qui aurait atteint une sorte d’économie de moyens pour exprimer l’essentiel en quelques traits. Un personnage, voire deux dans Deux hommes dans une chambre, de grands aplats pour le décor, quelques accessoires, des perspectives aplaties et une présence magnétique. On voudrait croiser ces regards fuyants qui quoi que l’on fasse visent un horizon au-delà de nous. On voudrait saisir cet instant qui a rendu ces personnages si pensifs, si proches et si lointains. Lire la suite

LA COLLECTION CHTCHOUKINE, Fondation Louis Vuitton

collection-chtchoukineRien que pour vos yeux !

Bien que l’analogie ne soit pas du tout appropriée dans l’esprit, l’image, enfantine, m’est venue, après ce voyage dans la collection Chtchoukine, de l’Oncle Picsou plongeant dans sa piscine remplie de dollars. L’effet étourdissant de l’accumulation sans doute, qui devait d’ailleurs être encore plus saisissant dans le palais moscovite de Sergueï Chtchoukine : « Les tableaux sont étroitement rapprochés l’un de l’autre et, au début, on ne remarque même pas où l’un finit et où commence l’autre », Yakov Tugendhold, critique et historien d’art, 1914.

Les différentes expositions que j’ai pu voir dans ce lieu magique qu’est la Fondation Louis Vuitton pouvait être intéressantes et spectaculaires, mais je ressortais chaque fois avec le sentiment que le bâtiment lui-même continuait de surpasser artistiquement ce qu’il hébergeait. Cette fois, il joue simplement son rôle d’écrin pour offrir aux visiteurs 40 ans de chefs d’oeuvre, de la fin des années 1880 à la fin des années 1920.

Le premier prodige est que cette collection ait survécu aux tourments de l’histoire. Bien sûr à la fin de la 1ère guerre mondiale, Chtchoukine a été spolié de son patrimoine mais les révolutionnaires russes, sans doute conscient de sa valeur artistique, ne l’ont ni dispersé, ni détérioré. Ils l’ont nationalisé et ont même créé un Musée de la nouvelle peinture occidentale ! En pleine 2ème guerre mondiale les oeuvres sont évacuées, puis rapatriées en 1944. Staline dissout le Musée qui les hébergeait et les disperse, sans attention particulière. Heureusement les conservateurs des musées Pouchkine à Moscou et de L’Ermitage à Saint-Petersbourg, obtiennent de les récupérer quitte à ce qu’elles ne soient pas exposées. Elles réapparaîtront dans les années soixante. C’est la première fois qu’autant d’oeuvres de la Collection Chtchoukine sont rassemblées pour une exposition. Lire la suite

MAURIZIO CATTELAN, Musée de la Monnaie de Paris

maurizio-catelanFrappant !

C’est le moins que l’on puisse dire lorsque l’on débouche dans le salon d’honneur de la Monnaie de Paris : le pape Jean-Paul II vous fait face, couché sur le côté, terrassé par une météorite. Cette sculpture extrêmement réaliste, dénommée « La Nona Ora » fait référence à l’Évangile selon Marc (27:46) : « Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».

Cette oeuvre où l’on voit le pape foudroyé par une sorte de colère divine et dont le visage est marqué par la douleur, a suscité de nombreuses interprétations, de l’absurdité de confier son sort à la religion à l’humanisme d’un pape portant tous les pêchés du monde. Et bien sûr de nombreuses polémiques, allant jusqu’à la démission de la directrice du Musée de Varsovie qui avait présenté cette image du pape polonais mis à terre !

Chacune des oeuvres exposées est d’abord un choc visuel, soit par son réalisme soit par l’installation elle-même. Témoin ces magnifiques chevaux, grandeur nature, l’un suspendu sous la verrière et qui vous surplombe lorsque vous montez l’escalier d’honneur, l’autre encastré dans un mur, comme stoppé dans son élan. Lire la suite

KANDINSKY, LES ANNÉES PARISIENNES, Musée de Grenoble

kandinsky-afficheVoyage aux pays des formes et des couleurs

Ce nom, Kandinsky, fait partie de ceux que l’on a déjà entendu, que l’on associe à une forme d’art moderne, sans doute de la peinture, mais dont on serait bien incapable, en tout cas en ce qui me concerne, de préciser l’époque exacte, de nommer le style de ses oeuvres et de dire où il se situe dans l’histoire de son art.

Dès la première salle le visiteur est fixé : Vassily Kandinsky, né à Moscou et décédé en France, est considéré comme l’un des fondateurs, si ce n’est le fondateur de l’art abstrait et le premier à avoir peint des oeuvres non figuratives. Ce nom inconsciemment familier, est tout simplement l’un des artistes majeurs du XXème siècle, tout autant par sa production que par ses écrits car il a non seulement inventé une nouvelle peinture mais il a également théorisé sa démarche au travers de deux livres qui font maintenant référence en la matière : « Du spirituel dans l’art » et « Point et ligne sur plan ».

L’exposition nous embarque donc, à travers les dix dernières années qu’il a passées en France, dans un voyage dans l’histoire de l’art. Bien que sa renommée soit internationale, il mettra du temps à s’imposer à Paris où la scène artistique est dominée par les surréalistes, la peinture surplombée par l’oeuvre déjà gigantesque de Picasso, et où l’art abstrait est incarné par Mondrian, ses lignes droites et orthogonales et son choix de n’utiliser que le jaune, le rouge et le bleu. Il tissera plutôt des liens avec des écrivains comme André Breton, avec qui il a beaucoup échangé, et qui a écrit la préface du catalogue d’une de ses expositions. La visite guidée, samedi ou dimanche après-midi, permet de vraiment s’imprégner de cette atmosphère et d’apprécier les oeuvres dans leur contexte. Lire la suite

WALL DRAWINGS, MAC de Lyon

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Gibraltar, vagues migratoires – Charley Case, 2016, MAC de Lyon

Vagues de migrants sur canapé

Que la personne que j’ai photographiée m’excuse par avance de la mêler à cet article. Ceci dit l’audience du Blog va fortement minimiser le risque qu’elle se reconnaisse et qu’elle m’en veuille !

Je ne sais pas si l’installation de poufs où le spectateur peut s’affaler pour prendre le temps de regarder les fresques et les analyser, visait consciemment à un effet paradoxal et provocateur, en particulier dans cette pièce où s’étale cette oeuvre d’un artiste belge, Charley Case, Gibraltar, Vagues migratoires. Toujours est-il que, par le hasard de cette photographie que j’ai prise au moment où il y avait le moins de monde qui circulait dans cet espace, à défaut qu’il soit vide, l’instant ainsi figé fournit une image assez frappante et révélatrice de la situation actuelle. Lire la suite

JEREMY WOOD, VOG Fontaine et CHRIS KENNY, Musée Hébert

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Meridians – Extrait, Jeremy Wood

Deux expositions qui partagent plusieurs points communs et qui valent le coup d’être visitées dans le même élan : elles s’attachent chacune à des représentations originales de notre planète ; elles sont l’oeuvre d’artistes anglais ; elles sont présentées dans le cadre de l’événement [Paysage –> Paysages] organisé par le département, ce qui explique en partie la proximité de leur thème.

Jeremy Wood

Passionné de cartes, travaillant depuis une quinzaine d’années dans la cartographie numérique, j’ai été immédiatement attiré par cette première exposition où un créateur s’empare d’un GPS pour enrichir et revisiter la représentation des paysages. La fresque monumentale qui vous accueille à l’entrée, Meridians, est une photo aérienne de Greenwich, là où justement, la norme prend naissance. Mais la norme est purement arbitraire et un lieu référencé sur une carte par cette norme est en quelque sorte fictif car dépendant du système choisi à une époque donnée. Jeremy Wood y oppose les « True Places » en superposant malicieusement, à la photo, la trace GPS de la phrase tirée du roman Moby Dick de Herman Melville, “It is not down on any map. The true places never are”, phrase qu’il a lui même créée en marchant minutieusement dans la campagne anglaise. Ces vrais endroits étant ceux auxquels l’on tient, que notre souvenir se représente, qui évoque en nous peines, regrets, joies ou réconfort, et dont la réalité ne tient en aucun cas à leur représentation sur une carte. Lire la suite

ANTHONY LISTER, Galerie Spacejunk, Grenoble

anthony-lister-spacejunk-3De la rue à la galerie !

Je poursuis petit à petit mon apprentissage du Street Art, séduit et encouragé en juin par une balade initiatique pendant le Grenoble Street Art Festival, qui m’a fait découvrir la richesse, la qualité et la diversité des artistes qui s’expriment sur nos murs.

Nous avons en plus la chance à Grenoble d’avoir, sous l’impulsion de la galerie Spacejunk, une scène particulièrement dynamique et étoffée : des artistes locaux au talent qui explose, des peintres français d’envergure internationale, comme C215 qui semble avoir noué une relation forte avec Grenoble, témoin sa récente fresque au Musée de la Résistance et de la Déportation et les nombreux portraits qui décorent les boîtes aux lettres, et des créateurs étrangers qui, d’une certaine manière, viennent par leur présence, témoigner de la vitalité de la discipline et de la liberté dont elle bénéficie à Grenoble. Lire la suite