JEREMY WOOD, VOG Fontaine et CHRIS KENNY, Musée Hébert

jw400px
Meridians – Extrait, Jeremy Wood

Deux expositions qui partagent plusieurs points communs et qui valent le coup d’être visitées dans le même élan : elles s’attachent chacune à des représentations originales de notre planète ; elles sont l’oeuvre d’artistes anglais ; elles sont présentées dans le cadre de l’événement [Paysage –> Paysages] organisé par le département, ce qui explique en partie la proximité de leur thème.

Jeremy Wood

Passionné de cartes, travaillant depuis une quinzaine d’années dans la cartographie numérique, j’ai été immédiatement attiré par cette première exposition où un créateur s’empare d’un GPS pour enrichir et revisiter la représentation des paysages. La fresque monumentale qui vous accueille à l’entrée, Meridians, est une photo aérienne de Greenwich, là où justement, la norme prend naissance. Mais la norme est purement arbitraire et un lieu référencé sur une carte par cette norme est en quelque sorte fictif car dépendant du système choisi à une époque donnée. Jeremy Wood y oppose les « True Places » en superposant malicieusement, à la photo, la trace GPS de la phrase tirée du roman Moby Dick de Herman Melville, “It is not down on any map. The true places never are”, phrase qu’il a lui même créée en marchant minutieusement dans la campagne anglaise. Ces vrais endroits étant ceux auxquels l’on tient, que notre souvenir se représente, qui évoque en nous peines, regrets, joies ou réconfort, et dont la réalité ne tient en aucun cas à leur représentation sur une carte.

traverse_me-jw300pxLa démarche de Jeremy Wood permet de changer la représentation d’un lieu et de fait la perception que l’on peut en avoir. Il a ainsi recréé, à la demande de l’Université de Warwick dont les étudiants ne semblaient pas apprécier à sa juste valeur la beauté du site, une carte du campus en y marchant trois semaines le long des routes, des bâtiments, des parkings, des espaces verts. Il en émerge une reproduction fidèle dans ses grandes lignes à la cartographie habituelle, mais beaucoup plus incarnée, palpable et qu’il s’est amusé à parsemer de quelques facéties. Il a entrepris la même démarche en impliquant des étudiants sur le Campus de Grenoble.

dameuse-jwJeremy Wood doit aussi être le premier artiste à confier la réalisation d’une peinture abstraite à une … dameuse ! Et le résultat est étonnant de … légèreté, ce qui compte tenu de l’outil utilisé est un paradoxe ! La répétition des passages crée de fait l’épaisseur du coup de pinceau et le parcours dessine un être fantasmagorique à la figure échevelée et à la barbichette pointue.

Le paysage dans tous ses états

Le lendemain de ma visite se tenait dans la galerie même une conférence, « Le Paysage notifié », qui retraçait la manière dont les artistes – que j’ai découverts à l’occasion – ont joué avec la représentation des paysages. Gerard Richter peignant des paysages quasi photographiques mais légèrement floutés créant chez le spectateur une grande perplexité ; Jasper Johns et ses nombreuses cartes des Etats-Unis qu’il transforme en patchworks abstraits ; les artistes du Land Art, Richard Long, Denis Oppenheim, Michael Heizer, qui créent directement dans la nature ; Hamish Fulton, autre artiste marcheur, dont les oeuvres consistent à représenter ses pérégrinations par des photos, des traces cartographiques ou simplement des textes qui les racontent ; On Kawara, célèbre pour ses tableaux où ne figure que la date à la quelle ils ont été peints, mais qui en a également réalisé quelques uns avec seulement la longitude et la latitude de l’endroit où ils ont été exécutés ; Svetlana Kopystiansky dont les paysages sont faits de textes, jouant sur la taille et le style ; Ingrid Saumur, paysagiste et elle aussi grande marcheuse, qui redessine ses ballades le long des rivières en y traduisant ses rencontres et ses sensations – elle réalise « Courbures du Drac et de l’Isère » à la maison de l’architecture de Grenoble jusqu’au 4 novembre.

Chris Kenny

chris-kenny-capella400px
Capella

Et donc Chris Kenny qui expose au Musée Hébert et qui offre encore une autre manière de représenter le monde. C’est un artiste minutieux ! Il reconstitue des mappemondes à partir de fragments de cartes qu’il découpe puis qu’il épingle en y donnant un sens parfois politique, comme dans « Capella » où la pièce la plus importante représente New York, quasiment au centre, comme pour signifier la domination des Etats-Unis sur le monde.

Ces cartes sont colorées, lumineuses, délicates et par le jeu des teintes, des placements et des ombres projetées, Chris Kenny recrée du volume. Elle sont exposées dans la grande galerie du Musée Hébert dont la clarté renforce leur légèreté.

Elles sont accompagnées de quelques rubans enchevêtrés issus de découpages et de collages de routes, en tous genres et de toutes couleurs, issues de cartes papier. On peut s’amuser à suivre le fil de cet itinéraire imaginaire qui vous fait sauter de ville en ville et de pays en pays comme l’on déroule une pelote sans savoir où nous mènera son extrémité et en l’occurrence, ici, sans savoir s’il y en a une, le voyage pouvant être un mouvement perpétuel.

Pomme sur le gâteau

En marge de cette exposition, il suffit de traverser la routearbre-nu pour aller découvrir dans l’annexe, les installations d’une artiste qui s’appelle Monique Deyres, mi toulousaine et mi-voironaise, et qui nous raconte le temps qui passe, à partir des pommes récoltées dans son verger. Elles apparaissent comme des bijoux, brillantes et renvoyant la lumière, puis sous les assauts du cycle naturel des saisons elles se momifient.

pommes-vertes
Les pommes vertes

 

Avouons-le, on ne se rend pas au Musée Hébert uniquement pour visiter les expositions. La maison du peintre est entouré d’un jardin de deux hectares qui est une sorte d’îlot de verdure en suspension dans le temps et dans l’espace. Surtout par un jour ensoleillé, on se sent transporté dans une autre époque où tout n’est que calme, luxe et …

terrasse-hebertD’un côté les jardins taillés au cordeau qui invitent à se poser pour lire, faire la sieste ou simplement sentir les heures qui filent en regardant au loin les premières cimes enneigées ; de l’autre le parc, tout aussi entretenu, mais plus naturel, qui entraîne à la promenade sous ses hautes frondaisons, sans doute centenaires, et qui ont dû voir déambuler le peintre et ses amis. Et bien sûr la terrasse que l’on emprunte pour passer d’une collection à l’autre !

True Places, Jeremy Wood, VOG Fontaine jusqu’au 10 Décembre 2016 ; présentation du résultat des ses ateliers du 9 au 12 novembre

Au milieu de nulle part, Chris Kenny, Musée Hébert jusqu’au 15 Mars 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s