HENRI MATISSE, Le Laboratoire Intérieur, Musée des Beaux Arts de Lyon

Simple et génial comme un trait de crayonmatiise

Qu’attendre d’une exposition de dessins d’un des peintres les plus célébrés pour sa maîtrise des couleurs et la magie qu’elles insufflent à ses tableaux ?

Un émerveillement devant la simplicité et l’expressivité de ces oeuvres qui parfois sont des croquis préparatoires mais souvent sont des créations en tant que telles, Henri Matisse utilisant le crayon, l’encre de chine ou le fusain comme des outils qu’ils considérait aussi nobles que la peinture. Il a d’ailleurs dessiné tout au long de sa vie de ses débuts à l’Ecole des Beaux Arts à la veille de sa mort, où il faisait un dernier portrait de Lydia Delectorskaya, son assistante et modèle.

L’économie du trait

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Portrait de Greta Prozor, 1916 | Centre Georges Pompidou

Ce qui m’a frappé dans de nombreuses oeuvres est l’extrême économie du dessin. En quelques traits Henri Matisse croque un visage, saisit une expression, comme la moue boudeuse de Greta Prozor, actrice rencontrée par l’intermédiaire d’un marchand d’art. Ce dessin réalisé il y a exactement 100 ans traverse le siècle : on a en face de soi une adolescente d’aujourd’hui, rêveuse, se fichant totalement d’être le centre d’intérêt d’un des peintres déjà les plus reconnus de l’époque.

Cette économie trouve sans doute son apogée dans le portrait choisit pour l’affiche de l’exposition, Jacqueline, la petite-fille d’Henri Matisse. 13 coups de crayon en face desquels on reste figé devant cet accord entre sobriété et aboutissement. On ne peut évidemment rien enlever sous peine d’amputation ; mais on ne pourrait non plus rien ajouter sous peine de sabotage et de faire s’envoler la magie de cet équilibre.

Tout au long de sa carrière

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Nu debout, fougère noir, 1948 | Centre Georges Pompidou

Au fur et à mesure que l’on parcourt l’exposition, on se rend compte que le dessin n’était pas qu’une façon de prendre des notes ou d’esquisser une oeuvre future. C’était un moyen d’expression à part entière, en parallèle à la peinture ou parfois comme unique obsession comme au début des années quarante où il parlera de « floraison », produisant des centaines de dessins, qu’il regroupera dans le livre « Thèmes et variations », préfacé par Louis Aragon, sur le portrait duquel il avait sué sang et eau, sans avoir le sentiment de saisir vraiment la personnalité profonde du poète.

Dans la seconde moitié de ces mêmes années quarante il se retire à Vence et en même temps qu’il fait éclater le rouge, il utilise l’encre de chine dans des compositions lumineuses, le noir sculptant l’espace et les corps. Et preuve qu’il considère ces différentes techniques à égale valeur artistique, il insère dans « Grand Intérieur rouge » qui explose de couleurs, un dessin en noir et blanc accroché au mur.

Le dessin épousera ainsi toutes ses périodes artistiques : profusion d’auto-portrait à l’Ecole des Beaux Arts, recherche sur les poses au début du siècle, étude des sculptures quelques années plus tard, de nombreux portraits tout au long de sa carrière, et les grands thèmes qui ont traversé son oeuvre, les faunes, les nymphes, la danse, les ateliers et les intérieurs.

Quelques tableaux savamment distillés

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Nu au coussin bleu, 1924 | Institut histoire de l’art

Les commissaires de l’exposition ont également ponctué la visite de quelques tableaux qui illustrent le cheminement de la création :  « La Japonaise : femme au bord de l’eau » qui fait écho au dessin « Madame Matisse au kimono » ; « Odalisque au tambourin » qui prolonge une série de nus dont la finesse, la sensualité, la douceur et le clair-obscur qui les entoure sont d’ailleurs peut-être plus émouvants que dans l’huile sur toile.

Henri Matisse ne cessait d’aller d’un art à l’autre. Témoin la sculpture « Le Grand Nu assis », qui vient donner du volume aux oeuvres accrochées aux murs dans cette même salle.

matisse-gouaches-decoupees-01Et pour renforcer encore cette impression d’éclectisme, le dernier espace est consacré au livre « Jazz » regroupant 20 planches en papier découpé peint à la gouache, chaque planche étant accompagnée d’un texte d’Henri Matisse. Il a 80 ans et se remet d’un cancer dont il a été opéré à Lyon : il innove ; les planches sont lumineuses, aériennes, créatives, puissantes. Ayant tissé des liens avec le Musée des Beaux Arts, il lui fera don d’un exemplaire dédicacé de Jazz. Et soudain on s’amuse à imaginer cet inventeur assoiffé se saisir des technologies du 21ème siècle pour élargir son champ d’expression.

Si vous n’êtes pas convaincu de l’intérêt de cette exposition, écoutez l’émission que France Culture y a consacré le 15 Février dans La Dispute (tous les soirs de 21h à 22h). Cela commence à la 3ème minute et se termine à la 20ème. Le début est assez « plan-plan » puis on sent l’enthousiasme monté chez les chroniqueurs, jusqu’à son paroxysme à la 18ème minute.

Si vous ne pouvez assister à une visite guidée, téléchargez sur izi.travel (Android et iOS) le commentaire audio.

HENRI MATISSE, Le Laboratoire Intérieur, Musée des Beaux Arts de Lyon, jusqu’au 6 Mars 2017

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