THE PARTY de Sally Potter

Un bijou de cynisme et d’humour noir

Janet, cheffe d’un parti d’opposition, vient d’être nommée Ministre de la Santé, et elle accueille le soir même, chez elle, ses amis les plus proches pour célébrer cette victoire, fruit d’un combat de longue haleine empreint de féminisme et de convictions fortes sur l’importance du service public.

On sent immédiatement l’ambiance bobo-chic, accentué par un noir et blanc élégant. Janet est aux fourneaux, restant naturellement ordinaire malgré ses futures hautes fonctions. Son téléphone sonne sans arrêt au rythme des félicitations. La soirée s’annonce chaleureuse, conviviale et émouvante. Pourtant on se demande qui est cet homme affalé, apathique dans un fauteuil du salon – le mari de Janet ? son père quasi impotent ? – qui se lève péniblement pour mettre un 33 tours de … rock. Décalage assuré et comme un pressentiment que tout ne sera peut être pas aussi simple et rectiligne qu’il n’y paraît !

Les convives arrivent, galerie caricaturale à souhait de progressistes libertaires : l’amie politique, venimeuse, et son compagnon empreint de philosophie asiatique, attelage pour le moins improbable, le couple de lesbiennes dont la différence d’âge réservera quelques surprises, enfin Tom, un jeune financier agité et cocaïnomane, vivant avec Marianne, la meilleure amie de Janet et sa future collaboratrice, retardée et censée arrivée plus tard.

Le film est un feu d’artifice de répliques acides et humoristiques – souvent le rire est jaune. Au fur et à mesure des nombreux rebondissements qui tour à tour concernent chacun des couples, l’ambiance se délite, les convictions s’effritent, l’atmosphère devient même dramatique lorsque Bill dévoile les raisons de son comportement de zombie. Mais le climat redevient soudain explosif suite à un timide « Si, j’ai quelque chose à rajouter » qu’il prononce d’un mince filet de voix hésitant.

Le réalisateur joue avec les pièces de cette typique maison de ville londonienne, comme un théâtre à plusieurs espaces, confiant à chacune – cuisine, jardin, salle de bain – des scènes à deux personnages dont les dialogues nourrissent le film mais pourraient tout aussi bien être des sketchs indépendants. Le salon est réservé aux joutes où tout ce petit monde se regroupe et s’étripe.

Il est évidemment impossible d’en dire plus sur les révélations qui transforme cette soirée qui s’annonçait sous les meilleurs auspices en jeu de massacre teinté d’humour et de cruauté à l’anglaise. Chacun est épluché mettant à nu ses contradictions entre ses convictions socialement affichées et politiquement correctes et son comportement individuel face à l’adversité. Le spectateur est entraîné dans la valse sur un tempo soutenu parfois frénétique mais toujours fluide.

Si vous n’avez le temps de ne voir qu’un seul film, c’est celui-là. D’autant qu’il ne dure que 68 minutes (ça fait encore plus court en minutes !), donc pas vraiment d’excuse pour ne pas le caser même dans un emploi du temps surchargé.

The Party, La Nef, 18h00 et 20h00 en VOST

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