A PEINE J’OUVRE LES YEUX de Leyla Bouzid

BOUZID_Leyla_2015_A-peine-j-ouvre-les-yeux_00A peine un an avant le « Printemps tunisien », Farah, jeune fille de 18 ans au fort caractère est la chanteuse d’un groupe aux textes engagés. Pendant un certain temps on se demande où la réalisatrice veut nous emmener. Il y a bien quelques tensions avec la mère à la fois sur ses sorties et sur son avenir d’étudiante. Il y a les mises en garde d’un personnage ayant visiblement ses relations dans les arcanes du pouvoir. Mais rien de bien significatif dans cette première demi-heure où les concerts s’enchaînent et où Farah et son petit copain tente de vivre au mieux leur relation amoureuse.

Et puis par, petites touches, l’histoire se tend : d’un côté, les alertes se multiplient sur les risques pour le groupe, qui commence à être connu, de continuer à composer des chansons qui parlent clairement de la difficulté de vivre en Tunisie. De l’autre côté, la relation de Farah avec son petit ami fait les montagnes russes.

Et la tension monte ainsi petit à petit jusqu’au moment où Farah, figure de proue de cette jeunesse qui étouffe, va être confrontée aux méthodes musclées de la police politique.

Le tout dans cette ambiance où être une jeune fille libérée dans la Tunisie moderne reste un défi quotidien : la pression familiale et sociale est permanente ; danser sans excès particulier dans une soirée peut passer pour une attitude provocante et générer des comportements conflictuels. D’un côté un Tunisien se croit immédiatement autoriser à la serrer de près et l’embrasser puis à la menacer de la frapper quand il se fait rembarrer ; de l’autre côté son amoureux, plutôt que de la défendre, lui reproche son attitude en soulignant qu’il l’avait prévenue. Violence insupportable faite aux femmes. Violence, cette fois visuelle, que l’on retrouve lorsque que sa mère doit rentrer dans un café uniquement peuplé d’hommes et où le silence se fait lorsqu’elle le traverse sous les regards lubriques pour aller parler au petit ami de sa fille.

Sa mère, figure avec la quelle elle se confronte la grande majorité du film, se remémorant la fougue de sa jeunesse, qui sera d’ailleurs sa meilleure alliée dans les moments difficiles.

« A peine j’ouvre les yeux » un film qui commence comme une gentille romance, un brin ennuyeuse, et qui au fur et à mesure prend le spectateur et lui fait viscéralement sentir le malaise de la jeunesse et la difficulté d’être une jeune femme émancipée dans cette société tunisienne au bord de basculer dans une très proche révolution. Du coup, on attend que Leyla Bouzid fasse le film de la jeunesse post Printemps tunisien.

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