STEVE JOBS de Danny Boyle

Steve Jobs 400pxY aller ou pas ? J’avais zappé le biopic il y a deux ans avec Ashton Kutcher, dont on se demandait quelle mouche avait piqué le réalisateur pour confier un tel rôle à l’acteur de Toy Boy et Sex Friends.

Steve Jobs inspire des réactions d’attirance-répulsion, tant il combinait le génie qui révolutionnait nos vies quotidiennes et une personnalité dure voire méprisante avec ses collaborateurs. Cliché rebattu de l’artiste exceptionnel qui fait vibrer les foules mais qui a un caractère de chien et vit dans une totale misère humaine. Cette ambivalence peut être encore plus forte pour les anciens employés d’Apple qui à la fois ne veulent pas voir le mythe brisé tant il les a fait rêver lors du dévoilement de tous ces nouveaux produits qui alliaient technologie et facilité d’utilisation, mais qui pour la plupart d’entre eux, lucides, surtout s’ils se sont éloignés du cœur du réacteur, savaient qu’ils n’étaient qu’un simple rouage dans cette machine à cash qui créait un sentiment d’appartenance à un petit monde d’élus, proche parfois d’un comportement religieux.

Steve Jobs est un film tendu qui ne laisse pas le spectateur souffler une seconde. Danny Boyle l’a construit comme un thriller : si l’on ne connaissait pas l’histoire, on pourrait se demander si le héros va s’en sortir lors des 3 épisodes relatés ! Il a au moins deux niveaux de lecture, voire trois pour quelqu’un qui comme moi a passé près de quinze ans chez Apple et a vécu la plupart des événements sur lesquels le film s’appuie.

Bien sûr le premier niveau, pointe émergée de l’iceberg, est l’histoire d’Apple et de son créateur. Danny Boyle se focalise sur trois lancements de produits, moments qui cristallisent la vie de l’entreprise, exacerbant les tensions, tant il est devenu essentiel de les réussir pour créer l’engouement autour des nouveautés et assurer leur succès commercial. Il y greffe les difficultés personnelles de Steve Jobs, rajoutant un stress supplémentaire à des circonstances déjà très électriques. Il nous le montre, navigant d’un écueil à l’autre en toute sérénité et contrôle, mais sans humanité, compartimentant chaque sujet, technique, business ou privé, contribuant à forger l’image d’une sorte de surhomme réussissant à surmonter les situations les plus délicates ou paraissant les plus compromises.

Le deuxième niveau de lecture est une histoire d’hommes, le choc de deux égos, l’affrontement récurrent de deux personnages au fort caractère et à l’ambition dévorante, en l’occurrence Steve Jobs et John Sculley -un John Sculley auquel les gens qui l’ont connu vont mettre un peu de temps à s’habituer tant la silhouette de Jeff Daniels est éloignée de celle de son personnage. Leurs dialogues et leurs confrontations lors de ces moments critiques où se jouent l’avenir de l’entreprise sont de véritables morceaux de bravoure qui vous scotchent au fauteuil. A ce duo infernal, s’ajoute le troisième larron historique, Steve Wozniak, qui vient quémander la reconnaissance d’un Steve Jobs insensible, tant il considère que rien ne doit le détourner de bâtir le futur, alors que Wozniak reste accroché au passé. Histoire d’une amitié trahie.

Le troisième niveau de lecture est réservé à ces privilégiés qui ont vécu l’histoire de l’intérieur. La fameuse publicité de 1984, le Macintosh, l’aventure Next, le retour de Steve Jobs et l’eMac qui révolutionnait une nouvelle fois l’industrie informatique. Cela fait forcément remonter de nombreux souvenirs et sensations, professionnels et personnels. Mike Markkula, Guy Kawasaki, Avie Tevanian, Andy Hertzfeld, des noms tous associés à l’émergence des produits que nous attendions impatiemment, avec ce sentiment d’une mission à accomplir en les commercialisant en France.

Mention particulière à Michael Fassbender : il se dégage toujours de ses prestations un mélange paradoxal de froideur et d’animalité. Il incarne un Steve Jobs habité, à la mâchoire crispée révélant sa tension permanente. Mention particulière également à Kate Winslet, méconnaissable, seule personne à traiter d’égal à égal, à tenir tête, voire à bousculer le génie, sans aucune crainte de ses réactions, au contraire de tous les autres.

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