AVE CÉSAR ! de Joel et Ethan Coen

Ave César400pxLa rédaction du Blog ne comptant qu’une seule personne, je vais pratiquer un des exercices habituels de mon magazine culturel hebdomadaire favori, en jouant les deux rôles, POUR et CONTRE. Comme tout bobo qui se respecte, je ne me demande pas s’il faut aller voir les dernières productions de Woody Allen ou des frères Coen, généralement encensés quoi qu’il arrive par Télérama – ceci dit leur critique d’Ave César ! est très mitigée, comme quoi tout peut arriver. Ce genre d’automatisme réserve son lot de plaisirs et de déceptions. On se dit même parfois qu’au prochain film on réfléchira avant de se précipiter, lassé de se faire embarquer régulièrement dans des histoires insipides qui ne font pas honneur à leurs auteurs. Et puis quand il sort, on y retourne quand même, se disant qu’il y a toujours quelques passages savoureux, un acteur ou une actrice inhabituels dont on veut voir comment ces réalisateurs l’ont traité, et l’impérieuse nécessité de pouvoir en parler en société.

POUR. Tout le monde sait que Georges Clooney, acteur vedette, se fait enlever au beau milieu du tournage d’un peplum, où son personnage tombe sous le charme du Christ. Mais qui sont ses ravisseurs ? Quel est leur objectif ? Agissent-ils pour eux-mêmes ou pour un commanditaire ? Quoi de plus cruellement humoristique que de suivre un Georges Clooney en jupette et cothurnes qui, au début, peine à comprendre les motivations des kidnappeurs, nettement plus intellectuelles que crapuleuses, et qui, une fois libéré, endosse leur discours face à Eddie Manix, garde-chiourme des studios. S’en suit une scène de châtiment fruit de la cruauté jouissive des frères Coen vis à vis de Georges Clooney. Sans doute les seuls à pouvoir se permettre une telle séquence. Et rien que pour ça …

Le film parcourt les codes des grands spectacles hollywoodiens de l’époque – ballets aquatiques, numéros de claquettes – et lors de ces tournages, on se laisse prendre, tant la réalisation est tirée à quatre épingles : Channing Tatum, par sa carrure et la souplesse de son bassin, refait surgir le Gene Kelly d’Un Jour à New York (soyons clair : j’ai recherché sur Internet) dans une chorégraphie qui semble directement sortie d’un film de Stanley Donen. Petites madeleines que l’on savoure sans retenue.

Sous les dehors d’un divertissement qui nous mène gentiment par le bout du nez – et on se laisse faire sans résistance, Ave César ! rappelle quelques uns des débats qui parcouraient l’industrie cinématographique et dans le cas des ravisseurs de Georges Clooney, la société américaine elle-même.

CONTRE. Les frères Coen nous gratifient régulièrement d’un film loufoque, généralement en confiant le rôle d’un benêt à Georges Clooney. Les premiers avaient l’attrait de la surprise : comment les réalisateurs américains chouchou de l’intelligentsia cannoise allaient-ils se sortir d’une comédie déjantée voire surréaliste ? Les spectateurs allaient-ils accepter que l’un des plus beaux gosses d’Hollywood, qui bien sûr est toujours à son avantage, incarnant généralement des personnages élégants qu’ils soient escroc, haut gradé, business man ou politicien, se fasse ridiculiser tant par le rôle qu’il joue que par le scenario dans lequel il se débat et qui ne lui est pas aussi favorable que d’habitude ?

Autant le mélange d’audace et d’absurdité a pu séduire dans les premières tentatives, autant on s’ennuie ferme dans Ave Cesar ! L’intrigue liée au kidnapping  de Georges Clooney peine à captiver, tant elle est peu crédible, se concluant dans un sommet d’art stalinien totalement ridicule. Sans doute voulu, mais dont l’ironie ne prend pas. Les scènes de tournage des œuvres mythiques de la grande époque hollywoodienne – ballets aquatiques, numéros de claquettes, s’enchaînent sans fil conducteur, comme si les réalisateurs voulaient simplement montrer qu’ils sont capables de les maîtriser. Quelques stars viennent cabotiner dans le simple but de justifier le casting cinq étoiles. Vous reconnaîtrez peut-être un acteur français, dont la présence est un mystère. Un seul surnage, Josh Brolin qui tient le film par son activité incessante, jamais détourné de son seul objectif pour lequel il se dépense sans compter : finir les tournages et encadrer les vedettes, dont les caprices peuvent à tout moment mettre les studios en difficulté. Mais ce seul personnage auquel les frères Coen ont consenti à fournir une ossature, ne suffit pas à nous convaincre qu’ils ne se sont pas un peu laissés aller.

ALORS. Au final, l’impression est effectivement mitigée : entre le ravissement d’un film se régalant avec talent des références à l’âge d’or d’Hollywood et livrant des numéros d’acteurs auxquels ils prennent visiblement plaisir et le sentiment d’une certaine vacuité, d’un film ne vous empêchant pas d’avoir l’esprit qui s’échappe entre deux scènes car l’intrigue est relativement mince.

Chacun se fera son idée.

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