ANTHONY LISTER, Galerie Spacejunk, Grenoble

anthony-lister-spacejunk-3De la rue à la galerie !

Je poursuis petit à petit mon apprentissage du Street Art, séduit et encouragé en juin par une balade initiatique pendant le Grenoble Street Art Festival, qui m’a fait découvrir la richesse, la qualité et la diversité des artistes qui s’expriment sur nos murs.

Nous avons en plus la chance à Grenoble d’avoir, sous l’impulsion de la galerie Spacejunk, une scène particulièrement dynamique et étoffée : des artistes locaux au talent qui explose, des peintres français d’envergure internationale, comme C215 qui semble avoir noué une relation forte avec Grenoble, témoin sa récente fresque au Musée de la Résistance et de la Déportation et les nombreux portraits qui décorent les boîtes aux lettres, et des créateurs étrangers qui, d’une certaine manière, viennent par leur présence, témoigner de la vitalité de la discipline et de la liberté dont elle bénéficie à Grenoble.

Anthony Lister est l’un d’entre eux : artiste australien d’à peine 40 ans, qui s’affiche sur les murs de son pays natal, et sur ceux des Etats-Unis et des grandes capitales européennes, a réalisé en juin deux œuvres monumentales dans le cadre du Festival. L’une sur le Centre de Danse Chris Chely au 10 rue Génissieu, pratiquement en face de la Galerie Spacejunk, et qui représente des ballerines, l’autre sur le Centre sportif Hoche, 7 rue François Raoult, représentant des athlètes d’un autre âge, polos rayés et knikerbockers. On retrouve dans les deux cas ce même style, brut au premier coup d’œil, fait parfois de traits sauvages et de grands aplats rectilignes mais qui miraculeusement recréent le mouvement. Les visages sont des masques blancs, faisant penser au maquillage des acteurs du théâtre japonais, à la fois figés et profondément expressifs, étonné ou hautain. Et bien sûr les deux créations épousent à la fois la forme du bâtiment et l’activité qu’il héberge.

danseuse-anthony-lister

Anthony Lister mène en parallèle sa carrière en atelier, et Spacejunk, qui dispose de trois galeries en France – Bayonne, Lyon et Grenoble – a su le convaincre d’accrocher ses tableaux deux mois dans chaque ville depuis la mi-avril. J’étais vraiment curieux de découvrir comment il passait de l’espace offert par un mur de dix mètres de haut et vingt mètres de large, à une toile d’un ou deux mètres carrés.  Métamorphose naturelle, d’autant que l’on est accueilli par une danseuse, « Dark Room Dancer », masque blanc à la bouche ronde et rouge, et tutu crénelé comme sur la façade du centre de danse. Le trait est bien évidemment beaucoup plus fin, mais capte toujours le mouvement, griffant la toile de la trace des gestes de la ballerine. Il semble que ce soit un de ces sujets de prédilection car aussi bien à l’extérieur qu’en atelier il a peint de nombreuses danseuses.

Outre leur qualité artistique, l’intérêt des tableaux exposés est qu’ils sont plus engagés et provocateurs : « Full Metal Jesus », soldat, toujours au masque blanc, qui affirme son opinion sur son casque d’un discret doigt d’honneur ; « Fancy tricks of Deviousness », couple d’homos, flics et cuir, nus en dessous de leur ceinture de munitions ; « Swinging Pussy », guérillera de dos, vêtue d’un string à peine visible et portant la mitraillette dans un déhanchement totalement décontracté ; « Not impressed », africaine qui, comme l’indique le titre du tableau, vous fixe droit dans les yeux, l’air de vous demander pourquoi ou de quel droit vous la regardez.

Tous ces œuvres ont un côté décalé ou subversif. Même la plus innocente nature morte, un vase rempli de fleurs jaunes qui, de loin, paraît totalement incongru par rapport aux autres tableaux, n’est qu’une malicieuse mise en scène : « Spring Simpson Blooms », un bouquet de Bart Simpson, montrant de manière critique et ironique, en associant cette icône de la télévision à la représentation la plus traditionnelle d’un intérieur familial, ce qu’est devenu la culture populaire occidentale.

D’ailleurs, Anthony Lister, comme de nombreux artistes contemporains, s’inspire souvent des bandes dessinées, de la publicité, de la télévision, des comics, de toutes les nouvelles expressions de la culture pop pour les détourner de manière humoristique ou sarcastique, formant un mouvement que l’on appelle « Lowbrow ».

Tous ces personnages, bien qu’installés sur les toiles, semblent prêts à descendre dans la rue et s’afficher sur les murs pour questionner le public. Artiste reconnu, exposant dans les plus grandes galeries et disposant d’une certaine cote sur le marché, reste viscéralement attaché au Street Art, témoin une déclaration faite fin 2014 : «Sans le ‘Street Art’, nous n’aurions pas de peinture préhistorique, nous n’aurions pas de culture du tout ! »

Profitez sans attendre de son passage à Grenoble, « inside et outside ».

Anthony Lister, galerie Spacejunk, 15 rue Génissieu jusqu’au 12 novembre

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