LA VIE MODERNE, 13ème Biennale de Lyon

La BiennaleGardant le souvenir, lors de la précédente Biennale en 2013, d’une exposition spectaculaire, foisonnante, évidemment surprenante et avec forcément son lot d’oeuvres discutables et laissant perplexe – c’est de l’ Art Contemporain – j’ai couru voir « La Vie Moderne » à La Sucrière, me régalant d’avance de mes futures découvertes.

Le sentiment d’ensemble était plutôt mitigé à la sortie. Dèjà au rez de chaussée la sensation que l’espace consacré à l’exposition était réduit et trop cloisonné par rapport à la précédente biennale, qui offrait un parcours complet et fluide et des perspectives profondes sur l’ensemble du bâtiment.Et l’impression globale de ne pas rencontrer cette année, ces oeuvres qui vous surprennent, vous estomaquent, vous font vous réjouir du génie humain et de sa créativité.

Mais la force de certaines d’entre elles a fait son chemin depuis et, juxtaposées, elles créent un panorama effectivement cohérent et saisissant au regard du thème de l’exposition. Une telle visite reste de plus un moment privilégié, où l’on s’immerge dans une bulle artistique et où on a la chance d’aller à la rencontre de créateurs contemporains du monde entier.

Voici les oeuvres que j’ai trouvé les plus marquantes et significatives et qui nous interrogent évidemment sur « La Vie Moderne », sa qualité, son sens, ses travers, sa fragilité.

Haegue Yang
Sol LeWitt Upside Down – Structure with Three Towers, Expanded 23 Times, Split in Three, 2015

3 sculptures monumentales, s’inspirant du travail de Sol Lewitt (que j’ai découvert à cette occasion bien sûr) faites de stores vénétiens agencés en cubes et qui jouent avec la lumière : évidemment lorsque que le spectateur se déplace mais également avec l’inclinaison des lamelles qui fait que la lumière passe ou non, donnant l’impression de percevoir l’intérieur ou d’être rejeté à l’extérieur, de transparence ou d’opacité.

Kader Atia
Traditional Repair, Immaterial Injury, Création Biennale 2015

Vous ne verrez cette oeuvre qu’à la Sucrière ! Et pour cause, Kader Atia a posé des agrafes sur les fissures du sol en béton dans un souci de reconstruction. Mais la blessure reste visible.

Michel Blazy
Pull over time, 2015

Une oeuvre qui vit pendant la durée de l’exposition. Des objets quotidiens – pull, chaussures, jeans, chaussettes, imprimante, ordinateur – placés à l’extérieur, ensemencés, comme dans un potager, qui subissent les caprices de la météo et qui « poussent ». Outre que c’est frappant et amusant, cela interroge sur la deliquescence et sur notre relation à la nature, qui dans cette oeuvre reprend clairement ses droits.

Nina Cannell
Mid-Sentence, 2015

Au premier abord pas la plus spectaculaire ni la plus esthétique, mais à la réflexion sans doute une des plus fortes. Un morceau de câble de fibre optique transatlantique, érigé, solitaire, sur une dalle figurant un fond sous marin, nous rappelle que notre société baignant dans les flux d’information et le virtuel repose sur cet objet extrêmement concret et par certains aspects extrêmement fragile. C’est aussi très amusant d’imaginer qu’une partie de nos vies transite à travers ces quelques centimètres carrés de matière inerte.

Andreas Lolis
Permanent Residence, Création Biennale 2015

De loin, une cabane pour sans-abri faite de palettes, de cartons et de polystyrène. Le tout est en fait sculpté dans le marbre, à la perfection, formes, couleurs et textures ! L’insoutenable paradoxe de notre société où la richesse, l’abondance et la luxuriance côtoient la pauvreté et le dénuement. L’artiste est grec ; cela ajoute si besoin, un peu plus de gravité à l’oeuvre.

Mike Nelson
A7 (Route du soleil), Création Biennale 2015

Des pneus de poids-lourds détruits et ramassés sur l’A7 – celle qui passe à Lyon – exposés chacun sur un socle fait d’une armature de ferraille et d’un support de béton. Une galerie de vestiges de notre époque, de notre société de consommation, mais qui a aussi son esthétique propre.

Andra Ursuta
Commerce Exterieur Mondial Sentimental, 2012

2 sculptures en marbre, grandeur nature, représentant des jeunes femmes Rom. Elles sont vêtues de vestes de survêtement d’un autre âge, recouvertes d’une espèce de cotte de mailles faite de cents d’euros et de banis – le centime du leu, la monnaie roumaine. On est forcément marqué par la profondeur et la détresse de leur regard vide et par la forte symbolique du vêtement, comme si cette population rejetée de tous essayaient de s’approprier une double identité européenne et roumaine.

Céleste Bourgier-Mougenot
aura, Création Biennale 2015

Une batterie qui s’anime sous une pluie de noyaux de cerises en fonction de la présence des téléphones portables et des ondes qu’ils émettent.

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