LES DESSOUS DE LA CACOPHONIE CLIMATIQUE de Sylvestre Huet

Un livreCacophonie court et clair pour revenir aux enjeux fondamentaux de la COP21

Sylvestre Huet, journaliste scientifique à Libération suit depuis plus de 20 ans la problématique du changement climatique et a écrit sur le sujet de nombreux articles. Pour preuve, les 3 interviews faites en 2002, 2007 et 2013 du climatologue français Edouard Bard, qu’il publie en annexes, et qui sont extrêmement éclairantes sur l’affligeante inertie de nos décideurs politiques.

D’ailleurs, on s’aperçoit à la lecture des « Extraits de la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique, 1992 Rio de Janeiro » publiés à la fin du livre, que ces enjeux et les directions à prendre étaient déjà clairement identifiés.

Les fondamentaux

En quelques chapitres courts et didactiques, Sylvestre Huest reprend les notions scientifiques de base, sans charabia technique, pour expliquer ce qu’est l’effet de serre (nommé ainsi par Joseph Fourrier en 1824), d’où vient le réchauffement climatique (intuition de Svante Arrhenius dès la fin du 19ème siècle) et comment l’homme l’a accéléré. Les bases scientifiques sont donc établies depuis près de 200 ans et les recherches depuis n’ont fait que les corroborer et les enrichir.

Une évolution gérable ou non ?

2° Celsius. Pourquoi nous assène-t-on sans relâche ce chiffre ? Comme le dit Sylvestre Huet, l’humanité ne va pas disparaître si nous dépassons cette valeur. Mais elle est essentielle et validée de manière têtue par les travaux des scientifiques.

C’est la frontière qui nous fait passer d’une évolution a priori gérable, même si elle nécessite des décisions drastiques, à une évolution potentiellement ingérable et aux conséquences désastreuses.

Le GIEC

L’auteur a voulu préciser- et c’est salutaire – la composition et le rôle du GIEC, près d’un millier de rédacteurs et plusieurs milliers de relecteurs. Il joue un rôle clé dans l’information et la recommendation mais nombreux sont ceux qui en parlent et parfois le dénigrent, sans en connaître les véritables responsabilités.

  • Le Groupe 1 du GIEC compile les publications et recherches scientifiques pour dresser un état des lieux des connaissances à un moment donné.

  • A partir de cette somme, le Groupe 2 évalue les risques en fonction de l’intensité du réchauffement climatique

  • Le Groupe 3 propose les actions qui permettraient l’atténuation du réchauffement climatique. C’est « le résumé pour décideurs » du rapport du Groupe 3 qui est au coeur des discussions entre les délégations gouvernementales.

Le GIEC n’est ni un organisme de recherche à la solde de qui que ce soit, il compile les travaux existants ; ni une association militante : il décrit les risques et suggère des mesures les atténuant.

​Au-delà des mesures techniques à mettre en oeuvre, et rappelées dans le livre, son intérêt est de placer le débat sur le type de société que sous-tendent les décisions qu’il faut prendre pour maîtriser le changement climatique et accompagner les pays en développement.

Une société moins inégalitaire.
Quelque soit l’angle d’approche, la plupart des militants et des auteurs s’accordent à dire qu’il ne sera pas possible de mettre en oeuvre les décisions indispensables dans un monde inégalitaire, où se côtoient les extrêmes, et régi par le capitalisme échevelé et le libre-échange totalement dérégulé.

C’est une condition sinequanone pour Sylvestre Huet ; c’est la thèse que défend, à sa manière sans doute plus aggressive, Naomi Klein dans « Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique » ; c’est aussi le message de Jeremy Rifkin, même s’il est formulé de manière moins politique.

C’est cette évolution nécessaire qui sans aucun doute explique l’inertie des responsables politiques et l’acharnement des lobbys industriels.

La justice climatique entre le Nord et le Sud
Il n’est pas envisageable de dénier aux pays en voie de développement leur désir d’un niveau de vie meilleur, sous prétexte que cela ferait exploser les rejets de CO2 dans l’atmosphère. Il est donc indispensable que les pays du Nord contribuent massivement et urgemment à la mise en oeuvre d’énergies non polluantes dans les pays du Sud afin qu’ils atteignent leurs aspirations légitimes sans aggraver le réchauffement climatique. C’est ce que l’on nomme généralement « la dette climatique ».

La lutte du court et du long terme
C’est peut-être un des freins essentiels à l’acceptation par les populations d’un certain nombre de transformations nécessaires. Une habitation moins énergivore est plus coûteuse immédiatement mais moins sur le long terme ; favoriser tel type de transport par rapport à tel autre peut avoir des conséquences momentanées sur l’emploi ; mettre la priorité, ce qui est totalement justifié, sur l’accès aux services de base dans les pays pauvres, et donc en utilisant les sources d’énergie actuelles, retarde la mise en oeuvre de sources d’énergies moins polluantes.

Cette contradiction doit être prise à bras le corps par les responsables politiques et les instituions pour ne pas hypothéquer le long terme à cause des contraintes et urgences du court terme.

Pour conclure, un livre pour mieux affronter la déferlante d’informations et de polémiques qui nous attend d’ici mi-décembre !

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