DIAMANT NOIR de Arthur Harari

Diamant NoirJusqu’où ira la vengeance ?

Diamant Noir a été souvent présenté par la presse comme une réussite car empruntant à la mythologie des films noirs comme, soit-disant, seuls les américains savent les faire. Cela se voulant un compliment ; un film nous faisant oublier sa carte d’identité française, trop souvent synonyme de nombrilisme, oubliant les grands thèmes d’actualité ou les tragédies universelles.

Oubliez les américains, car rien dans le jeu des acteurs, dans le scenario ni dans l’atmosphère, n’y fait penser. Et cela vous évitera de perdre cinq à dix minutes à vous demander si cette analogie est justifiée, avant de vous laisser immerger dans l’histoire. Mais gardez le noir. Suintant, collant, fébrile, avec un acteur dont les tortures intérieures se lisent de manière transparente et permanente dans ses yeux, dans ses joues émaciées, dans sa gestuelle toujours hésitante, souvent maladroite. Dans son regard, jamais droit face à son interlocuteur, souvent en-dessous, comme pour masquer ses turpitudes, de peur qu’elles ne se devinent dans sa pupille et son iris, souvent pris en très gros plan et envahissant l’écran. Continuer à lire « DIAMANT NOIR de Arthur Harari »

FONDATION LOUIS VUITTON – DANIEL BUREN, Paris

FLV-DB 1Une réussite à la hauteur du risque

Le risque était évidemment immense : oser retoucher les voiles translucides de ce grand navire posé dans le Bois de Boulogne, et qui font de la Fondation Louis Vuitton elle-même une véritable oeuvre d’art née de la folie créatrice d’un architecte de génie qui a réussi le tour de force de donner à ce bâtiment imposant une allure de légèreté.

Le résultat est à la hauteur du risque pris : exceptionnel voire inespéré ! Les filtres de couleur posés par Daniel Buren n’alourdissent pas la carapace vaporeuse de la Fondation. Ils lui donnent une présence encore plus lumineuse, renforcent ses volumes et enrichissent les jeux de miroitement et de transparence au travers des treize couleurs acidulées choisies par l’artiste. La Fondation dégageait une personnalité ingénieuse et subtile. Daniel Buren lui a donné du caractère. Plus qu’un ajout, il a réalisé une symbiose : tout visiteur qui découvrirait l’édifice sans l’avoir vu « nu », n’imaginerait même pas qu’il ait pu être conçu autrement. Continuer à lire « FONDATION LOUIS VUITTON – DANIEL BUREN, Paris »

YOKO ONO, MAC de Lyon

WishTreeVoeu exaucé

Tout d’abord une note personnelle. Il y a bientôt 6 ans nous étions à New York et venions d’être happés dans un tourbillon en apprenant que Lorris était admis à la School of American Ballet. En visitant le MOMA, nous avions vu à l’entrée les fameux « WishTree » de Yoko Ono, où nous avions alors attaché une étiquette souhaitant bien sûr que Lorris devienne un jour danseur professionnel. Le passé est soudain remonté comme une lame de fond qui vous submerge d’émotion en approchant du Musée d’Art Contemporain de Lyon : deux arbres à souhaits à l’extérieur et un dans le hall d’entrée, alors que Lorris vient de signer il y a seulement quelques semaines son premier contrat ! Ce qui est encore plus étonnant c’est que j’avais prévu initialement d’aller visiter cette exposition en Mars, date à laquelle Lorris courrait encore après son premier engagement. Il fallait sans doute attendre que le vœu se réalise pour la découvrir et l’apprécier complètement. Continuer à lire « YOKO ONO, MAC de Lyon »

CRISTINA IGLESIAS, Musée de Grenoble

Cristina Iglesias
Sans titre [Passage II]

Ne pas se priver d’un cliché : « parcourir l’oeuvre d’une artiste » est ici une expression à prendre dans sons sens le plus littéral. Le spectateur rentre dans l’univers de Cristina Iglesias en se promenant dans ses sculptures, parfois en s’y immergeant.

Cela est bien sûr particulièrement prégnant pour « Chambre végétale III », conçue spécifiquement à la mesure d’une des salles du musée de Grenoble, où le visiteur déambule dans un labyrinthe faussement végétal, sorte de mise en scène paradoxale entre l’aspect sauvage de la nature et la production factice d’un décor de résine imitant la forêt vierge. Il faut d’ailleurs regarder le documentaire qui accompagne l’exposition à l’entrée du musée, où ce mélange de mimétisme et de contradiction est poussé à l’extrême : Cristina Iglesias crée une Chambre végétale analogue à celle de l’exposition, dans un cube dont les faces sont des miroirs et qu’elle installe dans une forêt. Continuer à lire « CRISTINA IGLESIAS, Musée de Grenoble »

FREE TO RUN de Pierre Morath

Free To RunLiberté, Egalité, Course à pied

J’ai décidé d’aller voir ce documentaire après l’interview à la radio de son réalisateur Pierre Morath, où il rappelait qu’il y a 40 ans courir hors des stades et des épreuves d’athlétisme organisées par les fédérations avait été une lutte, et que pour les femmes, la lutte consistait encore plus fondamentalement à avoir le droit de courir !

Evidemment lorsque que l’on voit aujourd’hui les dizaines de milliers de personnes qui participent à des marathons, lorsque que l’on croise en ville, en forêt, à la montagne toutes ces personnes qui suent en trottinant, on écarquille les oreilles en écoutant Pierre Morath raconter la course à pied de cette époque comme une lutte féministe et pour la liberté. Continuer à lire « FREE TO RUN de Pierre Morath »

ANSELM KIEFER, Beaubourg, Paris jusqu’au 18 avril

Anselm KieferAutant la rétrospective Gérard Fromanger est colorée et ludique, autant l’exposition consacrée à Anselm Kiefer est sombre et exigeante. Mais toutes deux sont fortement engagées et politiques : celle de Fromanger sur le plan social, celle d’Anselm Kiefer sur un plan historique, réfléchissant à l’identité allemande et à la période du nazisme.

A l’origine, j’avais prévu d’aller à Beaubourg pour la rétrospective Gérard Fromanger. Mais une fois le billet en main et ayant bien trois heures devant moi, j’ai évidemment décidé de profiter de la seconde exposition en cours, ne connaissant d’ailleurs pas du tout ce peintre, auquel Beaubourg consacrait la quasi totalité de son dernier étage !

Autant le savoir avant de franchir le seuil : l’espace consacré à Anselm Kiefer est imposant et le contenu est d’une richesse impressionnante, dans le fond et dans la forme. Ce qui veut dire qu’il faut prévoir de lui consacrer le temps nécessaire pour parcourir les œuvres, comprendre le contexte de leur réalisation et apprécier à sa juste valeur ce travail phénoménal qui fouille l’histoire, la philosophie et la religion juive, le tout sous l’éclairage de l’identité allemande. Il faut d’ailleurs absolument prendre l’audioguide ou télécharger l’application pour Smartphone « Centre Georges Pompidou ». Ils fournissent les clés pour entrer dans l’univers de cet artiste époustouflant. Continuer à lire « ANSELM KIEFER, Beaubourg, Paris jusqu’au 18 avril »

BENTU, Fondation Louis Vuitton, Paris

BentuJusqu’au 2 Mai, la Fondation Louis Vuitton est entièrement consacrée aux artistes chinois. D’un côté, une exposition d’artistes contemporains, sous l’appellation Bentu, qui veut dire Terre natale, et qui investit l’ensemble du Rez-de bassin, terme pudique pour dire que l’on descend au sous-sol de la fondation. Douze artistes qui vivent et travaillent tous en Chine, essentiellement Pékin et Shangaï, et qui, comme ils ont de 29 à 53 ans, représentent vraiment la création actuelle et ses différentes formes.

De l’autre côté une sélection d’œuvres appartenant à la collection de la Fondation et que l’on retrouve dans le reste des galeries du rez-de chaussée au 2ème niveau, et qui se prolongera jusqu’à fin août.

Bentu

Même si certaines créations contemporaines ne me procurent pas d’émotion particulière – j’ai remarqué que pour l’instant je n’ai jamais vraiment accroché aux installations vidéo – je suis toujours fasciné par l’inventivité de ces artistes et la manière dont il s’approprie les sujets et les incarnent dans leurs œuvres. En voici une sélection. Continuer à lire « BENTU, Fondation Louis Vuitton, Paris »

RÉTROSPECTIVE GÉRARD FROMANGER à Beaubourg

FromangerL’impression en quittant l’exposition est le paradoxe entre l’aspect ludique et coloré des œuvres et leur côté engagé et politique. A ce titre il est important d’aller voir dès le début de la visite, la vidéo où Gérard Fromanger explique sa démarche. Il est un des peintres majeurs de la figuration narrative courant né au début des années 1960 : « La plupart des artistes de ce mouvement furent marqués par les thèses gauchistes de Mai 68 en estimant que le potentiel subversif de leurs œuvres devait tenir dans leur dimension esthétique bien davantage que dans un discours explicite. « 

Il est par contre dommage que les concepteurs de la rétrospective aient cru bon d’installer cette vidéo dans un recoin, encadré de quelques œuvres significatives d’une des techniques de Gérard Fromanger : les visiteurs s’agglutinent inconfortablement pour la regarder et s’empêchent mutuellement de voir les portraits étonnants qui figurent dans cet espace si mal conçu.

L’ensemble des œuvres exposées ont donc trait à l’actualité de l’époque où elles ont été peintes ou sont des critiques de la société de consommation. Mais elles sont toujours l’occasion d’une recherche formelle, en particulier sur les couleurs. Le rouge y tient une place particulière tout au long de son oeuvre, comme symbole de la contestation sociale. Continuer à lire « RÉTROSPECTIVE GÉRARD FROMANGER à Beaubourg »

SAMEDI EXPOS à Grenoble

Temps mitigé samedi 5 mars, l’occasion de faire un tour de quelques galeries qui ont récemment renouvelé les artistes exposés.

Maude Maris, VOG, Fontaine

Maud MarisIl vous reste une semaine pour profiter d’une exposition lumineuse de la peintre Maude Maris. Ce qui frappe immédiatement est cette fraîcheur et cet éclat qui illumine ses grandes compositions, doublement inspirées d’objets quotidiens et d’architecture antique. Elle a développé une pratique personnelle à partir de petits objets qu’elle agence en sculptures, puis qu’elle photographie avant de les magnifier en peinture, combinant d’immenses à-plat de couleurs pastel et dessin minutieux des formes d’origines. Des compositions qui absorbent le regard et vous invitent à la méditation.

Aux côtés de ces grand tableaux, Maude Maris produit de petites œuvres, gardant la même thématique, mais qui en quelque sorte en prennent le contre-pied, à la fois par la taille et les couleurs, puisqu’elles fait ressortir sur un fond sombre les constructions qu’elle a élaborées. Continuer à lire « SAMEDI EXPOS à Grenoble »

MERCI PATRON ! de François Ruffin et Fakir

Merci Patron 400pxMilitantisme jouissif !

Gagner par un élan de militantisme virtuel, sans doute lié à l’atmosphère actuelle qui vise à mettre en pièces les droits des salariés, je m’étais promis d’aller voir Merci Patron !, ce documentaire qui, sans avoir la couverture médiatique d’un blockbuster d’Hollywood, a quand même fait parler de lui par son côté provocant.

En même temps, aller s’installer dans un fauteuil peu confortable – je ne dirai pas le nom du seul cinéma de Grenoble qui le passe car il au moins le mérite de le programmer, ce qui vaut tous les inconforts – pour voir, pendant une heure et demie, le rédacteur en chef d’une feuille de chou alternative et picarde essayer de faire entendre à Bernard Arnault la détresse d’une famille de Poix-du-Nord, au RSA suite à leur licenciement quelques années plus tôt, ne m’emballait pas non plus outre mesure.

Nous avons notre dose de documentaires sur la misère du monde en regardant Arte – j’assume le côté bobo, qui a l’énorme avantage sur une salle de cinéma que l’on peut à tout moment changer de chaîne, ou si on les regarde en décalé avancer rapidement, lorsque trop c’est trop … Continuer à lire « MERCI PATRON ! de François Ruffin et Fakir »