La rédaction du Blog ne comptant qu’une seule personne, je vais pratiquer un des exercices habituels de mon magazine culturel hebdomadaire favori, en jouant les deux rôles, POUR et CONTRE. Comme tout bobo qui se respecte, je ne me demande pas s’il faut aller voir les dernières productions de Woody Allen ou des frères Coen, généralement encensés quoi qu’il arrive par Télérama – ceci dit leur critique d’Ave César ! est très mitigée, comme quoi tout peut arriver. Ce genre d’automatisme réserve son lot de plaisirs et de déceptions. On se dit même parfois qu’au prochain film on réfléchira avant de se précipiter, lassé de se faire embarquer régulièrement dans des histoires insipides qui ne font pas honneur à leurs auteurs. Et puis quand il sort, on y retourne quand même, se disant qu’il y a toujours quelques passages savoureux, un acteur ou une actrice inhabituels dont on veut voir comment ces réalisateurs l’ont traité, et l’impérieuse nécessité de pouvoir en parler en société.
POUR. Tout le monde sait que Georges Clooney, acteur vedette, se fait enlever au beau milieu du tournage d’un peplum, où son personnage tombe sous le charme du Christ. Mais qui sont ses ravisseurs ? Quel est leur objectif ? Agissent-ils pour eux-mêmes ou pour un commanditaire ? Quoi de plus cruellement humoristique que de suivre un Georges Clooney en jupette et cothurnes qui, au début, peine à comprendre les motivations des kidnappeurs, nettement plus intellectuelles que crapuleuses, et qui, une fois libéré, endosse leur discours face à Eddie Manix, garde-chiourme des studios. S’en suit une scène de châtiment fruit de la cruauté jouissive des frères Coen vis à vis de Georges Clooney. Sans doute les seuls à pouvoir se permettre une telle séquence. Et rien que pour ça … Continuer à lire « AVE CÉSAR ! de Joel et Ethan Coen »




Après toutes les affaires révélées depuis des années, ce film traitant de prêtres pédophiles aurait pu malheureusement être tourné dans bien d’autres pays et bien d’autres villes. Sa force particulière tient à plusieurs facteurs. Tout d’abord la place et le rôle de la religion aux Etats-Unis : elle est un des fondements de la société américaine, comme en témoigne le serment prêté sur la Bible par tout nouveau président américain. Sans parler de ces hommes politiques, on l’a encore vu hier aux primaires de l’Iowa, qui truffent leur discours de références et de remerciements à Dieu. Dans une ville comme Boston le clergé y ajoute une influence financière considérable, infiltré dans tous les milieux économiques, réunissant lors de ses soirées de bienfaisance, les familles les plus huppées de la ville. Et bien sûr l’église tient l’école, de l’éducation intellectuelle et spirituelle à l’encadrement des activités sportives. La tâche est donc particulièrement ardue pour quiconque souhaite faire la lumière sur les pratiques criminelles des prêtres : il a contre lui l’ensemble des institutions, solidaires pour éviter toute vague dans la bonne société, et se heurte même aux grands cabinets d’avocats qui font fortune en négociant des arrangements confidentiels entre les victimes et les autorités religieuses.