LA SOCIALE de Gilles Perret

lasocialeaffichehd600Documentaire d’utilité publique !

Et applaudi à la fin de la séance ! Cela est déjà rare pour un film, alors pour un documentaire …

La Sociale est un formidable rappel des valeurs de solidarité et de progrès qui animaient les inventeurs de la Sécurité Sociale en 1946, valeurs qui ont petit à petit laissé la place à une approche essentiellement comptable, oubliant cette volonté politique qui visait à libérer les employés, salariés et leurs familles de l’angoisse de la maladie et de ses conséquences dévastatrices.

Bien sûr les temps ont changé, les urgences de l’après-guerre étaient sans doute plus vitales que les besoins d’aujourd’hui. Mais même si le contexte s’est grandement modifié, même si un effort constant doit permettre à cette organisation de tirer profit des évolutions des techniques et des outils de gestion modernes, l’exigence initiale de solidarité et de progrès devrait toujours inspirer la conduite de la Sécurité Sociale. En ces temps où l’accès aux soins de première nécessité risque d’être en partie remis en cause par des promesses électoralistes, ce documentaire rappelle entre autres, le formidable bond en avant de l’espérance de vie, seulement quelques années après la création de la Sécurité Sociale, dû au simple fait de prendre en charge la santé des populations quelque soit leur situation socio-économique. Lire la suite

LE DISCIPLE de Kirill Serebrennikov

Radicalisation au grand jourle-disciple

Kirill Serebrennikov, dont on peut lire une longue interview cette semaine dans Télérama, met en scène une tendance qu’il a vu se développer en Russie depuis l’adoption d’une loi qui autorise tout à chacun à porter plainte s’il s’estime heurter dans ses convictions religieuses. Cette loi a été conçue après le happening des Pussy Riot dans une cathédrale en 2012, et est devenue une arme redoutable contre les opposants et les artistes qui ne roulent pas pour le régime.

S’appuyant sur un dispositif simple qui nous indique d’où sont extraites les tirades scandées par ce jeune homme qui se radicalise, le réalisateur passe en revue les thèses des intégristes religieux de toutes confessions : la volonté de faire disparaître le corps des femmes, la haine et le dégoût de l’homosexualité, la négation de l’évolution et la promotion du créationnisme.

La religion orthodoxe étant redevenue un pilier des classes dirigeantes russes, les autorités du lycée se montrent particulièrement indulgentes voire complaisantes à l’égard de Veniamin. Seule une professeure de biologie tente de faire entendre la voie de la raison et de la science, mais se heurte au conservatisme de sa hiérarchie et à la présence croissante du pope local, qui sous ses airs de bonhomie, cautionne les propos les plus réactionnaires, dans une volonté de ne pas se laisser dépasser par le lycéen. Lire la suite

SNOWDEN de Oliver Stone

snowdenDu patriotisme à l’héroïsme … ordinaire

Le défi pour Oliver Stone était immense face au documentaire de Laura Poitras sorti en 2014, Citizen Four, qui nous faisait vivre réellement les révélations et la fuite d’Edward Snowden dans un  huis-clos étouffant et une tension palpable à chaque instant. La situation et son importance historique suffisaient à faire de ce documentaire un véritable thriller où l’on était à la fois bluffé du courage du lanceur d’alerte et où l’on s’inquiétait face à cette vie qui basculait dans l’inconnu. La réalité dépassant d’emblée toute fiction, et le dénouement étant maintenant connu de la planète entière, Oliver Stone a préféré nous raconter les années qui ont précédé la décision d’Edward Snowden et surtout le cheminement personnel qui y a conduit.

Clairement le film ne vaut que par l’observation du parcours de ce jeune patriote engagé dans les forces spéciales, mais qui suite à une fracture qui l’empêche de terminer sa formation, décidera de mettre ses compétences informatiques au service de la CIA. Lire la suite

I, DANIEL BLAKE de Ken Loach

daniel-blake-600La machine à broyer

Le couronnement par la Palme d’Or au Festival de Cannes d’un film qui dénonce les dérives de la société libérale et dont les héros font partie des citoyens les plus marginalisés donne toujours lieu à un moment paradoxal : un parterre de smokings et de robes de soirée, tout strass et paillettes dehors, parangon, pour la plupart des spectateurs, de la mondialisation du cinéma, honore d’une standing ovation un réalisateur qui dénonce la déchéance provoquée par ce libéralisme échevelé dont une partie de cette audience est sans aucun doute l’émanation.

Il est alors savoureux de ré-écouter le discours de remerciement de Ken Loach, prononcé juste après que Mel Gibson et George Miller lui ait remis la Palme : « Mais ce monde dans lequel nous vivons, se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes au bord d’un projet d’austérité qui est conduit par des idées que nous appelons néolibérales qui risquent de nous amener à la catastrophe. Ces pratiques néo-libérales ont entraîné dans la misère des millions de personnes de la Grèce au Portugal avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse. »

Compte tenu des personnes qui lui ont remis son prix, on ne peut s’empêcher alors d’imaginer dans un raccourci saisissant, que cette dérive si elle est poussée à l’extrême, nous entraîne vers un avenir cataclysmique à la … Mad Max. Lire la suite

LA FILLE INCONNUE de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Le poids de la culpabilitéla-fille-inconnue

Jenny, jeune médecin généraliste, fatiguée d’une longue journée où elle a enchaîné les patients dans un quartier populaire et où elle doit gérer un étudiant en médecine qui n’arrive pas à contrôler son émotivité face à un cas critique, décide de ne pas ouvrir la porte de son cabinet lorsque la sonnerie résonne longtemps après l’heure de fermeture.

La jeune fille – elle la verra le lendemain sur l’enregistrement de son visiophone tambouriner désespérément à l’entrée – est retrouvée morte sur le quai en face de son immeuble.

Comment surmonter la culpabilité ? Comment vivre avec ce virus qui la ronge jour et nuit même si son entourage et les enquêteurs la dédouanent de toute faute et responsabilité ? Comment faire avec cette impossibilité de revenir en arrière et sur sa réaction d’humeur lorsque son stagiaire se dirige spontanément vers la porte et qu’elle lui ordonne de ne pas y aller compte tenu de l’heure tardive, de la nécessité de soi-même se protéger pour ne pas se laisser déborder par son métier et sa compassion vis a vis des patients et enfin compte tenu de cet acte d’autorité dont l’unique raison est de contrarier cet étudiant mutique qui toute la journée lui a obéi à regret ?

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RESTER VERTICAL de Alain Guiraudie

Rester VerticalA la quête du loup

Extrêmement déçu par Nocturama de Bertrand Bonello, je ne pensais pas qu’il servirait finalement de point de comparaison utile deux jours plus tard à Rester Vertical d’Alain Guiraudie.

Les deux films sont effectivement antinomiques à tout points de vue. Le premier est totalement urbain, le second se déroule quasi exclusivement sur un causse perdu de Lozère ; Nocturama est traversé d’une pulsion de mort, Rester Vertical est régulièrement secoué d’une pulsion de vie ; l’un nous montre de grands ados qui ne connaîtront pas l’âge adulte, l’autre des jeunes adultes dont on semble avoir volé l’adolescence ; d’un côté des personnages fuyant toute responsabilité, de l’autre des êtres humains essayant de les assumer tant bien que mal. Enfin, quand vous sortez de Nocturama, vous vous demandez pourquoi vous êtes allé au cinéma ; en sortant de Rester Vertical, vous comprenez pourquoi vous venez d’y passer deux heures. Lire la suite

CAPTAIN FANTASTIC de Matt Ross

De l’intérêt des avant-premières captain-fantastic-400px

Mi-août lors de l’avant-première de Divines, soirée exceptionnelle, Patrick Ortéga, l’un des deux directeurs du Club, nous avait mis l’eau à la bouche en nous invitant à cette nouvelle séance début septembre en présence du réalisateur, Matt Ross. A vrai dire il avait bien chauffé le public en révélant qu’il n’y en avait en tout et pour tout que deux en France, dont une à Grenoble donc. Ou comment chatouiller gentiment l’orgueil des spectateurs, en leur faisant miroiter l’accès à un privilège rare.

Je dois avouer humblement qu’à l’époque je n’avais pas entendu parler de ce film, ou que si javais vu son titre, je l’avais pris pour une nouvelle aventure d’un super-héros américain, que j’avais donc aussitôt oublié.

Mais le simple énoncé du nom de son acteur principal, Viggo Mortensen, ravive l’intérêt. Ses rôles sont généralement sous tension. Il leur donne de la profondeur et souvent du mystère. Ses personnages dégagent de la puissance et du charisme. Mais comment se glissera-t-il dans la peau d’un père de famille éduquant lui-même sa progéniture ? Lire la suite

TONI ERDMANN de Maren Ade

toni-erdmann-posterPlus tragique que comique ?

Ce film a reçu un accueil enthousiaste à Cannes, à cause en particulier de ses nombreuses séquences comiques, saugrenues, à la limite de l’absurde parfois, ponctuant des moments plus profonds, plus graves, brisant les tensions et les gênes. Il sort donc avec la réputation d’un film amenant plutôt la bonne humeur que les interrogations métaphysiques.

On comprend rapidement que le père sera la ponctuation farfelue qui rythmera le film, alternant déguisement, grimage et humour noir, qu’il ponctue d’un « Je plaisante » prononcé plus ou moins rapidement, et plongeant son auditoire dans une incertitude glacée plus ou moins longue.

On comprend également qu’il a toujours peu communiqué avec sa fille, évoluant dans un univers qui lui échappe, consultante dans un cabinet d’audit international, en mission en Roumanie. D’ailleurs lorsqu’il la croise chez son ex-femme, elle passe plus de temps pendue, tendue devrait-on plutôt dire, au téléphone, pour raison professionnelle, qu’avec son père qu’elle n’a pas vu depuis des mois. Lire la suite

DERNIER TRAIN POUR BUSAN de Yeon Sang-Ho

dernier-train-busan400 pxFilm fantastique à tous points de vue !

Je ne suis jamais allé voir un fil de zombie, et n’ai d’ailleurs pas l’intention d’aller en voir d’autres mais celui là venait avec une réputation flatteuse suite à sa projection à Cannes hors-compétition et était précédé de critiques élogieuses de la part de journaux qui d’habitude n’accorde pas une seule ligne à ce genre de films. Car évidemment si c’est un film de zombies au sens où il y en a des meutes et qui attaquent les passagers du train, c’est surtout un film où s’entremêlent de nombreuses réflexions sur le comportement humain face au danger, sur l’amour parental et filial et sur le sens du sacrifice. Il y a également au moment où la crise prend corps au début du film, quelques minutes cinglantes sur les autorités politiques représentées par un présentateur télé qui débite des informations rassurantes alors que les images qui défilent derrière lui ne sont que chaos !

Il n’est pas question de raconter le film au risque de dévoiler les nombreux rebondissements qui en font tout le sel et qui emmènent le spectateur par le bout du nez jusqu’à la scène finale. Lire la suite

DIVINES de Houda Benyamina

Divines400pxMoment triplement exceptionnel jeudi soir au Club avec la projection de Divines, en avant-première et en présence, après la séance, de sa réalisatrice, Houda Benyamina.

Elle avait fait le buzz en Mai à Cannes lors de la remise de la Caméra d’Or, prix totalement inattendu pour un premier film qui n’avait été sélectionné que grâce à l’audace d’Edouard Waintrop, directeur de la Quinzaine des Réalisateurs, et  remercié sur scène par Houda Benyamina, du féministe « Edouard, t’as du clito ! », repris d’une des répliques culte du film.

Premier moment exceptionnel, le film lui même bien sûr. L’errance obstinée et tendue d’une jeune fille, Dounia, qui veut s’extraire de son quotidien, qui la promet à un sort désespérant, tant il est déterminé par les conditions dans lesquelles elle vit. Elle fait partie d’une population d’une pauvreté extrême n’ayant même plus accès à la cité locale et survivant avec sa mère dans le camp de Rom situé en contrebas. La scène où elle se rebelle contre sa professeur de BEP Hôtesse d’accueil est caractéristique du rejet d’une voie qu’elle vit comme une impasse et comme la marque de la médiocrité dans laquelle la société veut la cantonner.  Lire la suite