GUIBORD S’EN VA-T-EN GUERRE de Philippe Falardeau

Guibord-va-t-guerre-afficheEnvie d’un film léger, humoristique et intelligent ? Laissez vous tenter par Guibord s’en va-t-en guerre, l’histoire d’un député indépendant du fin fond du Quebec qui se retrouve, à cause de l’hospitalisation mystérieuse d’une député conservatrice et de l’égalité parfaite entre les deux principaux partis politiques, avec la redoutable responsabilité d’être celui qui va décider d’envoyer ou non les soldats canadiens en guerre au Moyen-Orient.

Dès le premier plan on comprend que l’on sera en permanence sur une crête en équilibre instable entre politique et situation cocasse : la permanence du député est à l’étage d’une boutique de lingerie fine qu’il faut traverser pour le rencontrer.

C’est là que se présente Souverain Pascal, un jeune étudiant haïtien, passionné de politique et qui a répondu à une offre de stage. A la grande surprise de Steve Guibord, son futur assistant, sans doute persuadé d’avoir le poste, est tout simplement venu d’Haïti pour l’entretien. Embauché ! Lire la suite

PICKUP VR CINÉMA, Salle de cinéma VR, Paris

Une expérience bluffante d’immersion

Tlogo pickupvrcinemaravaillant depuis quelque temps sur la Vidéo 360°, j’ai profité d’un déplacement professionnel à Paris pour assister à une séance dans la première « salle de cinéma » qui propose uniquement un contenu VR. Elle est la seule à Paris, sans doute également en France et peut-être en Europe.

Quelques mots d’explications sont nécessaires. Tout d’abord VR.

Pour faire simple, VR (Virtual Reality ou Réalité Virtuelle) désigne tous ces contenus qui permettent d’immerger le spectateur dans un environnement, réel ou imaginaire, afin qu’il ait la sensation d’y être, de s’y mouvoir et éventuellement d’interagir avec cet environnement. Cela peut être de pures créations faisant appel à la 3D et à l’image de synthèse, ou des vidéos tournées avec des caméras qui filment simultanément sous tous les angles, dites caméras 360°. Lire la suite

DIAMANT NOIR de Arthur Harari

Diamant NoirJusqu’où ira la vengeance ?

Diamant Noir a été souvent présenté par la presse comme une réussite car empruntant à la mythologie des films noirs comme, soit-disant, seuls les américains savent les faire. Cela se voulant un compliment ; un film nous faisant oublier sa carte d’identité française, trop souvent synonyme de nombrilisme, oubliant les grands thèmes d’actualité ou les tragédies universelles.

Oubliez les américains, car rien dans le jeu des acteurs, dans le scenario ni dans l’atmosphère, n’y fait penser. Et cela vous évitera de perdre cinq à dix minutes à vous demander si cette analogie est justifiée, avant de vous laisser immerger dans l’histoire. Mais gardez le noir. Suintant, collant, fébrile, avec un acteur dont les tortures intérieures se lisent de manière transparente et permanente dans ses yeux, dans ses joues émaciées, dans sa gestuelle toujours hésitante, souvent maladroite. Dans son regard, jamais droit face à son interlocuteur, souvent en-dessous, comme pour masquer ses turpitudes, de peur qu’elles ne se devinent dans sa pupille et son iris, souvent pris en très gros plan et envahissant l’écran. Lire la suite

FREE TO RUN de Pierre Morath

Free To RunLiberté, Egalité, Course à pied

J’ai décidé d’aller voir ce documentaire après l’interview à la radio de son réalisateur Pierre Morath, où il rappelait qu’il y a 40 ans courir hors des stades et des épreuves d’athlétisme organisées par les fédérations avait été une lutte, et que pour les femmes, la lutte consistait encore plus fondamentalement à avoir le droit de courir !

Evidemment lorsque que l’on voit aujourd’hui les dizaines de milliers de personnes qui participent à des marathons, lorsque que l’on croise en ville, en forêt, à la montagne toutes ces personnes qui suent en trottinant, on écarquille les oreilles en écoutant Pierre Morath raconter la course à pied de cette époque comme une lutte féministe et pour la liberté. Lire la suite

MERCI PATRON ! de François Ruffin et Fakir

Merci Patron 400pxMilitantisme jouissif !

Gagner par un élan de militantisme virtuel, sans doute lié à l’atmosphère actuelle qui vise à mettre en pièces les droits des salariés, je m’étais promis d’aller voir Merci Patron !, ce documentaire qui, sans avoir la couverture médiatique d’un blockbuster d’Hollywood, a quand même fait parler de lui par son côté provocant.

En même temps, aller s’installer dans un fauteuil peu confortable – je ne dirai pas le nom du seul cinéma de Grenoble qui le passe car il au moins le mérite de le programmer, ce qui vaut tous les inconforts – pour voir, pendant une heure et demie, le rédacteur en chef d’une feuille de chou alternative et picarde essayer de faire entendre à Bernard Arnault la détresse d’une famille de Poix-du-Nord, au RSA suite à leur licenciement quelques années plus tôt, ne m’emballait pas non plus outre mesure.

Nous avons notre dose de documentaires sur la misère du monde en regardant Arte – j’assume le côté bobo, qui a l’énorme avantage sur une salle de cinéma que l’on peut à tout moment changer de chaîne, ou si on les regarde en décalé avancer rapidement, lorsque trop c’est trop … Lire la suite

AVE CÉSAR ! de Joel et Ethan Coen

Ave César400pxLa rédaction du Blog ne comptant qu’une seule personne, je vais pratiquer un des exercices habituels de mon magazine culturel hebdomadaire favori, en jouant les deux rôles, POUR et CONTRE. Comme tout bobo qui se respecte, je ne me demande pas s’il faut aller voir les dernières productions de Woody Allen ou des frères Coen, généralement encensés quoi qu’il arrive par Télérama – ceci dit leur critique d’Ave César ! est très mitigée, comme quoi tout peut arriver. Ce genre d’automatisme réserve son lot de plaisirs et de déceptions. On se dit même parfois qu’au prochain film on réfléchira avant de se précipiter, lassé de se faire embarquer régulièrement dans des histoires insipides qui ne font pas honneur à leurs auteurs. Et puis quand il sort, on y retourne quand même, se disant qu’il y a toujours quelques passages savoureux, un acteur ou une actrice inhabituels dont on veut voir comment ces réalisateurs l’ont traité, et l’impérieuse nécessité de pouvoir en parler en société.

POUR. Tout le monde sait que Georges Clooney, acteur vedette, se fait enlever au beau milieu du tournage d’un peplum, où son personnage tombe sous le charme du Christ. Mais qui sont ses ravisseurs ? Quel est leur objectif ? Agissent-ils pour eux-mêmes ou pour un commanditaire ? Quoi de plus cruellement humoristique que de suivre un Georges Clooney en jupette et cothurnes qui, au début, peine à comprendre les motivations des kidnappeurs, nettement plus intellectuelles que crapuleuses, et qui, une fois libéré, endosse leur discours face à Eddie Manix, garde-chiourme des studios. S’en suit une scène de châtiment fruit de la cruauté jouissive des frères Coen vis à vis de Georges Clooney. Sans doute les seuls à pouvoir se permettre une telle séquence. Et rien que pour ça … Lire la suite

STEVE JOBS de Danny Boyle

Steve Jobs 400pxY aller ou pas ? J’avais zappé le biopic il y a deux ans avec Ashton Kutcher, dont on se demandait quelle mouche avait piqué le réalisateur pour confier un tel rôle à l’acteur de Toy Boy et Sex Friends.

Steve Jobs inspire des réactions d’attirance-répulsion, tant il combinait le génie qui révolutionnait nos vies quotidiennes et une personnalité dure voire méprisante avec ses collaborateurs. Cliché rebattu de l’artiste exceptionnel qui fait vibrer les foules mais qui a un caractère de chien et vit dans une totale misère humaine. Cette ambivalence peut être encore plus forte pour les anciens employés d’Apple qui à la fois ne veulent pas voir le mythe brisé tant il les a fait rêver lors du dévoilement de tous ces nouveaux produits qui alliaient technologie et facilité d’utilisation, mais qui pour la plupart d’entre eux, lucides, surtout s’ils se sont éloignés du cœur du réacteur, savaient qu’ils n’étaient qu’un simple rouage dans cette machine à cash qui créait un sentiment d’appartenance à un petit monde d’élus, proche parfois d’un comportement religieux. Lire la suite

SALAFISTES de Lemine Ould M. Salem et François Margolin

Les Salafistes 400A l’origine je n’avais pas l’intention d’aller voir ce documentaire, car je n’ai aucun goût de voyeurisme pour des actes barbares et sanguinolents, annoncés comme des passages difficiles à supporter. Et je n’en avais pas non plus besoin pour me persuader que ces gens sont une plaie pour l’humanité. Ce qui m’a finalement convaincu : une interview des deux réalisateurs, à l’époque dans l’attente du niveau d’interdiction qui serait décidé par le Ministère de la Culture, et qui disait vouloir faire confiance à l’intelligence des spectateurs pour ne pas voir dans leur documentaire de la propagande mais bien sûr la dénonciation de ces mouvements obscurantistes. Finalement il a été interdit aux moins de 18 ans, ce qui a des conséquences importantes à terme sur sa diffusion à la télévision puisque France Télévision malgré que France 3 en soit co-producteur, a décidé de ne plus le programmer.

J’ai donc pris mon billet pour me faire mon opinion et voir si le pari de l’intelligence pouvait être tenu. Le documentaire mélange images de propagande de Daech, interviews de salafistes qui imposaient la charia à Gao au Mali, de salafistes de Mauritanie et d’un Tunisien, salafiste également, et qui tient, situation surréaliste, un site Internet de « lifestyle » comme il le dit. Lire la suite

SPOTLIGHT de Tom McCarthy

SpotlightAprès toutes les affaires révélées depuis des années, ce film traitant de prêtres pédophiles aurait pu malheureusement être tourné  dans bien d’autres pays et bien d’autres villes. Sa force particulière tient à plusieurs facteurs. Tout d’abord la place et le rôle de la religion aux Etats-Unis : elle est un des fondements de la société américaine, comme en témoigne le serment prêté sur la Bible par tout nouveau président américain. Sans parler de ces hommes politiques, on l’a encore vu hier aux primaires de l’Iowa, qui truffent leur discours de références et de remerciements à Dieu. Dans une ville comme Boston le clergé y ajoute une influence financière considérable, infiltré dans tous les milieux économiques, réunissant lors de ses soirées de bienfaisance, les familles les plus huppées de la ville. Et bien sûr l’église tient l’école, de l’éducation intellectuelle et spirituelle à l’encadrement des activités sportives. La tâche est donc particulièrement ardue pour quiconque souhaite faire la lumière sur les pratiques criminelles des prêtres : il a contre lui l’ensemble des institutions, solidaires pour éviter toute vague dans la bonne société, et se heurte même aux grands cabinets d’avocats qui font fortune en négociant des arrangements confidentiels entre les victimes et les autorités religieuses. Lire la suite

CAROL de Todd Haynes

carolCela est toujours ennuyeux d’aller voir un film dont la critique est unanime et dithyrambique, dont l’une des deux actrices principales a eu la Palme d’interprétation féminine à Cannes et de rien sentir ! C’est même très frustrant car on s’est préparé à vivre un moment sensible, à retrouver une actrice qui nous avait bouleversé dans Blue Jasmine et l’émotion est inexistante.

Essentiellement à cause d’une réalisation d’une pesanteur accablante : les regards devraient être subtils, touchants, volés, peut-être maladroits de la part de la jeune vendeuse, ils sont appuyés, attendus, pire ils sont froids.

On ne s’intéresse à aucune des deux histoires individuelles qui sont censées nous expliquer pourquoi ces deux femmes si différentes du point de vue social, physique, et de leurs parcours dans la vie, vont se rapprocher, s’attirer. Lire la suite