KANDINSKY, LES ANNÉES PARISIENNES, Musée de Grenoble

kandinsky-afficheVoyage aux pays des formes et des couleurs

Ce nom, Kandinsky, fait partie de ceux que l’on a déjà entendu, que l’on associe à une forme d’art moderne, sans doute de la peinture, mais dont on serait bien incapable, en tout cas en ce qui me concerne, de préciser l’époque exacte, de nommer le style de ses oeuvres et de dire où il se situe dans l’histoire de son art.

Dès la première salle le visiteur est fixé : Vassily Kandinsky, né à Moscou et décédé en France, est considéré comme l’un des fondateurs, si ce n’est le fondateur de l’art abstrait et le premier à avoir peint des oeuvres non figuratives. Ce nom inconsciemment familier, est tout simplement l’un des artistes majeurs du XXème siècle, tout autant par sa production que par ses écrits car il a non seulement inventé une nouvelle peinture mais il a également théorisé sa démarche au travers de deux livres qui font maintenant référence en la matière : « Du spirituel dans l’art » et « Point et ligne sur plan ».

L’exposition nous embarque donc, à travers les dix dernières années qu’il a passées en France, dans un voyage dans l’histoire de l’art. Bien que sa renommée soit internationale, il mettra du temps à s’imposer à Paris où la scène artistique est dominée par les surréalistes, la peinture surplombée par l’oeuvre déjà gigantesque de Picasso, et où l’art abstrait est incarné par Mondrian, ses lignes droites et orthogonales et son choix de n’utiliser que le jaune, le rouge et le bleu. Il tissera plutôt des liens avec des écrivains comme André Breton, avec qui il a beaucoup échangé, et qui a écrit la préface du catalogue d’une de ses expositions. La visite guidée, samedi ou dimanche après-midi, permet de vraiment s’imprégner de cette atmosphère et d’apprécier les oeuvres dans leur contexte. Continuer à lire « KANDINSKY, LES ANNÉES PARISIENNES, Musée de Grenoble »

SNOWDEN de Oliver Stone

snowdenDu patriotisme à l’héroïsme … ordinaire

Le défi pour Oliver Stone était immense face au documentaire de Laura Poitras sorti en 2014, Citizen Four, qui nous faisait vivre réellement les révélations et la fuite d’Edward Snowden dans un  huis-clos étouffant et une tension palpable à chaque instant. La situation et son importance historique suffisaient à faire de ce documentaire un véritable thriller où l’on était à la fois bluffé du courage du lanceur d’alerte et où l’on s’inquiétait face à cette vie qui basculait dans l’inconnu. La réalité dépassant d’emblée toute fiction, et le dénouement étant maintenant connu de la planète entière, Oliver Stone a préféré nous raconter les années qui ont précédé la décision d’Edward Snowden et surtout le cheminement personnel qui y a conduit.

Clairement le film ne vaut que par l’observation du parcours de ce jeune patriote engagé dans les forces spéciales, mais qui suite à une fracture qui l’empêche de terminer sa formation, décidera de mettre ses compétences informatiques au service de la CIA. Continuer à lire « SNOWDEN de Oliver Stone »

I, DANIEL BLAKE de Ken Loach

daniel-blake-600La machine à broyer

Le couronnement par la Palme d’Or au Festival de Cannes d’un film qui dénonce les dérives de la société libérale et dont les héros font partie des citoyens les plus marginalisés donne toujours lieu à un moment paradoxal : un parterre de smokings et de robes de soirée, tout strass et paillettes dehors, parangon, pour la plupart des spectateurs, de la mondialisation du cinéma, honore d’une standing ovation un réalisateur qui dénonce la déchéance provoquée par ce libéralisme échevelé dont une partie de cette audience est sans aucun doute l’émanation.

Il est alors savoureux de ré-écouter le discours de remerciement de Ken Loach, prononcé juste après que Mel Gibson et George Miller lui ait remis la Palme : « Mais ce monde dans lequel nous vivons, se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes au bord d’un projet d’austérité qui est conduit par des idées que nous appelons néolibérales qui risquent de nous amener à la catastrophe. Ces pratiques néo-libérales ont entraîné dans la misère des millions de personnes de la Grèce au Portugal avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse. »

Compte tenu des personnes qui lui ont remis son prix, on ne peut s’empêcher alors d’imaginer dans un raccourci saisissant, que cette dérive si elle est poussée à l’extrême, nous entraîne vers un avenir cataclysmique à la … Mad Max. Continuer à lire « I, DANIEL BLAKE de Ken Loach »

WALL DRAWINGS, MAC de Lyon

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Gibraltar, vagues migratoires – Charley Case, 2016, MAC de Lyon

Vagues de migrants sur canapé

Que la personne que j’ai photographiée m’excuse par avance de la mêler à cet article. Ceci dit l’audience du Blog va fortement minimiser le risque qu’elle se reconnaisse et qu’elle m’en veuille !

Je ne sais pas si l’installation de poufs où le spectateur peut s’affaler pour prendre le temps de regarder les fresques et les analyser, visait consciemment à un effet paradoxal et provocateur, en particulier dans cette pièce où s’étale cette oeuvre d’un artiste belge, Charley Case, Gibraltar, Vagues migratoires. Toujours est-il que, par le hasard de cette photographie que j’ai prise au moment où il y avait le moins de monde qui circulait dans cet espace, à défaut qu’il soit vide, l’instant ainsi figé fournit une image assez frappante et révélatrice de la situation actuelle. Continuer à lire « WALL DRAWINGS, MAC de Lyon »

JEREMY WOOD, VOG Fontaine et CHRIS KENNY, Musée Hébert

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Meridians – Extrait, Jeremy Wood

Deux expositions qui partagent plusieurs points communs et qui valent le coup d’être visitées dans le même élan : elles s’attachent chacune à des représentations originales de notre planète ; elles sont l’oeuvre d’artistes anglais ; elles sont présentées dans le cadre de l’événement [Paysage –> Paysages] organisé par le département, ce qui explique en partie la proximité de leur thème.

Jeremy Wood

Passionné de cartes, travaillant depuis une quinzaine d’années dans la cartographie numérique, j’ai été immédiatement attiré par cette première exposition où un créateur s’empare d’un GPS pour enrichir et revisiter la représentation des paysages. La fresque monumentale qui vous accueille à l’entrée, Meridians, est une photo aérienne de Greenwich, là où justement, la norme prend naissance. Mais la norme est purement arbitraire et un lieu référencé sur une carte par cette norme est en quelque sorte fictif car dépendant du système choisi à une époque donnée. Jeremy Wood y oppose les « True Places » en superposant malicieusement, à la photo, la trace GPS de la phrase tirée du roman Moby Dick de Herman Melville, “It is not down on any map. The true places never are”, phrase qu’il a lui même créée en marchant minutieusement dans la campagne anglaise. Ces vrais endroits étant ceux auxquels l’on tient, que notre souvenir se représente, qui évoque en nous peines, regrets, joies ou réconfort, et dont la réalité ne tient en aucun cas à leur représentation sur une carte. Continuer à lire « JEREMY WOOD, VOG Fontaine et CHRIS KENNY, Musée Hébert »

LA FILLE INCONNUE de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Le poids de la culpabilitéla-fille-inconnue

Jenny, jeune médecin généraliste, fatiguée d’une longue journée où elle a enchaîné les patients dans un quartier populaire et où elle doit gérer un étudiant en médecine qui n’arrive pas à contrôler son émotivité face à un cas critique, décide de ne pas ouvrir la porte de son cabinet lorsque la sonnerie résonne longtemps après l’heure de fermeture.

La jeune fille – elle la verra le lendemain sur l’enregistrement de son visiophone tambouriner désespérément à l’entrée – est retrouvée morte sur le quai en face de son immeuble.

Comment surmonter la culpabilité ? Comment vivre avec ce virus qui la ronge jour et nuit même si son entourage et les enquêteurs la dédouanent de toute faute et responsabilité ? Comment faire avec cette impossibilité de revenir en arrière et sur sa réaction d’humeur lorsque son stagiaire se dirige spontanément vers la porte et qu’elle lui ordonne de ne pas y aller compte tenu de l’heure tardive, de la nécessité de soi-même se protéger pour ne pas se laisser déborder par son métier et sa compassion vis a vis des patients et enfin compte tenu de cet acte d’autorité dont l’unique raison est de contrarier cet étudiant mutique qui toute la journée lui a obéi à regret ?

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MHIKES, la randonnée connectée et enrichie

screenshot_20161005-074126La balade 2.0

Enfin une application qui n’est pas juste une trace GPS plaquée sur un fond de carte et réservée aux geeks. Mhikes, disponible sur iPhone et Android, répond à une volonté de fournir un véritable service au randonneur à la fois dans le repérage et le guidage mais également en enrichissant le parcours d’informations historiques, culturelles, et bien sûr liées à la nature et aux panoramas. Cerise sur le gâteau : des quizz qui permettent de motiver ceux qui ne le sont pas par la simple contemplation des paysages et le plaisir de la marche !

Le principe est simple mais il fallait savoir le mettre en oeuvre dans une application conviviale et pratique et c’est ce qui distingue Mhikes des autres solutions : tous les éléments d’information quels qu’ils soient sont systématiquement associés à la photo de l’endroit concerné et apparaissent automatiquement à l’écran car ils ont été préalablement géoréférencés.

Donc au fur et à mesure que vous progressez Mhikes vous invite à prendre telle direction en vous la précisant photo à l’appui ou vous propose de rester quelques instants devant un édifice en affichant une note historique ou culturelle. Continuer à lire « MHIKES, la randonnée connectée et enrichie »

ANTHONY LISTER, Galerie Spacejunk, Grenoble

anthony-lister-spacejunk-3De la rue à la galerie !

Je poursuis petit à petit mon apprentissage du Street Art, séduit et encouragé en juin par une balade initiatique pendant le Grenoble Street Art Festival, qui m’a fait découvrir la richesse, la qualité et la diversité des artistes qui s’expriment sur nos murs.

Nous avons en plus la chance à Grenoble d’avoir, sous l’impulsion de la galerie Spacejunk, une scène particulièrement dynamique et étoffée : des artistes locaux au talent qui explose, des peintres français d’envergure internationale, comme C215 qui semble avoir noué une relation forte avec Grenoble, témoin sa récente fresque au Musée de la Résistance et de la Déportation et les nombreux portraits qui décorent les boîtes aux lettres, et des créateurs étrangers qui, d’une certaine manière, viennent par leur présence, témoigner de la vitalité de la discipline et de la liberté dont elle bénéficie à Grenoble. Continuer à lire « ANTHONY LISTER, Galerie Spacejunk, Grenoble »

RESTER VERTICAL de Alain Guiraudie

Rester VerticalA la quête du loup

Extrêmement déçu par Nocturama de Bertrand Bonello, je ne pensais pas qu’il servirait finalement de point de comparaison utile deux jours plus tard à Rester Vertical d’Alain Guiraudie.

Les deux films sont effectivement antinomiques à tout points de vue. Le premier est totalement urbain, le second se déroule quasi exclusivement sur un causse perdu de Lozère ; Nocturama est traversé d’une pulsion de mort, Rester Vertical est régulièrement secoué d’une pulsion de vie ; l’un nous montre de grands ados qui ne connaîtront pas l’âge adulte, l’autre des jeunes adultes dont on semble avoir volé l’adolescence ; d’un côté des personnages fuyant toute responsabilité, de l’autre des êtres humains essayant de les assumer tant bien que mal. Enfin, quand vous sortez de Nocturama, vous vous demandez pourquoi vous êtes allé au cinéma ; en sortant de Rester Vertical, vous comprenez pourquoi vous venez d’y passer deux heures. Continuer à lire « RESTER VERTICAL de Alain Guiraudie »

CAPTAIN FANTASTIC de Matt Ross

De l’intérêt des avant-premières captain-fantastic-400px

Mi-août lors de l’avant-première de Divines, soirée exceptionnelle, Patrick Ortéga, l’un des deux directeurs du Club, nous avait mis l’eau à la bouche en nous invitant à cette nouvelle séance début septembre en présence du réalisateur, Matt Ross. A vrai dire il avait bien chauffé le public en révélant qu’il n’y en avait en tout et pour tout que deux en France, dont une à Grenoble donc. Ou comment chatouiller gentiment l’orgueil des spectateurs, en leur faisant miroiter l’accès à un privilège rare.

Je dois avouer humblement qu’à l’époque je n’avais pas entendu parler de ce film, ou que si javais vu son titre, je l’avais pris pour une nouvelle aventure d’un super-héros américain, que j’avais donc aussitôt oublié.

Mais le simple énoncé du nom de son acteur principal, Viggo Mortensen, ravive l’intérêt. Ses rôles sont généralement sous tension. Il leur donne de la profondeur et souvent du mystère. Ses personnages dégagent de la puissance et du charisme. Mais comment se glissera-t-il dans la peau d’un père de famille éduquant lui-même sa progéniture ? Continuer à lire « CAPTAIN FANTASTIC de Matt Ross »