TONI ERDMANN de Maren Ade

toni-erdmann-posterPlus tragique que comique ?

Ce film a reçu un accueil enthousiaste à Cannes, à cause en particulier de ses nombreuses séquences comiques, saugrenues, à la limite de l’absurde parfois, ponctuant des moments plus profonds, plus graves, brisant les tensions et les gênes. Il sort donc avec la réputation d’un film amenant plutôt la bonne humeur que les interrogations métaphysiques.

On comprend rapidement que le père sera la ponctuation farfelue qui rythmera le film, alternant déguisement, grimage et humour noir, qu’il ponctue d’un « Je plaisante » prononcé plus ou moins rapidement, et plongeant son auditoire dans une incertitude glacée plus ou moins longue.

On comprend également qu’il a toujours peu communiqué avec sa fille, évoluant dans un univers qui lui échappe, consultante dans un cabinet d’audit international, en mission en Roumanie. D’ailleurs lorsqu’il la croise chez son ex-femme, elle passe plus de temps pendue, tendue devrait-on plutôt dire, au téléphone, pour raison professionnelle, qu’avec son père qu’elle n’a pas vu depuis des mois. Continuer à lire « TONI ERDMANN de Maren Ade »

DERNIER TRAIN POUR BUSAN de Yeon Sang-Ho

dernier-train-busan400 pxFilm fantastique à tous points de vue !

Je ne suis jamais allé voir un fil de zombie, et n’ai d’ailleurs pas l’intention d’aller en voir d’autres mais celui là venait avec une réputation flatteuse suite à sa projection à Cannes hors-compétition et était précédé de critiques élogieuses de la part de journaux qui d’habitude n’accorde pas une seule ligne à ce genre de films. Car évidemment si c’est un film de zombies au sens où il y en a des meutes et qui attaquent les passagers du train, c’est surtout un film où s’entremêlent de nombreuses réflexions sur le comportement humain face au danger, sur l’amour parental et filial et sur le sens du sacrifice. Il y a également au moment où la crise prend corps au début du film, quelques minutes cinglantes sur les autorités politiques représentées par un présentateur télé qui débite des informations rassurantes alors que les images qui défilent derrière lui ne sont que chaos !

Il n’est pas question de raconter le film au risque de dévoiler les nombreux rebondissements qui en font tout le sel et qui emmènent le spectateur par le bout du nez jusqu’à la scène finale. Continuer à lire « DERNIER TRAIN POUR BUSAN de Yeon Sang-Ho »

DIVINES de Houda Benyamina

Divines400pxMoment triplement exceptionnel jeudi soir au Club avec la projection de Divines, en avant-première et en présence, après la séance, de sa réalisatrice, Houda Benyamina.

Elle avait fait le buzz en Mai à Cannes lors de la remise de la Caméra d’Or, prix totalement inattendu pour un premier film qui n’avait été sélectionné que grâce à l’audace d’Edouard Waintrop, directeur de la Quinzaine des Réalisateurs, et  remercié sur scène par Houda Benyamina, du féministe « Edouard, t’as du clito ! », repris d’une des répliques culte du film.

Premier moment exceptionnel, le film lui même bien sûr. L’errance obstinée et tendue d’une jeune fille, Dounia, qui veut s’extraire de son quotidien, qui la promet à un sort désespérant, tant il est déterminé par les conditions dans lesquelles elle vit. Elle fait partie d’une population d’une pauvreté extrême n’ayant même plus accès à la cité locale et survivant avec sa mère dans le camp de Rom situé en contrebas. La scène où elle se rebelle contre sa professeur de BEP Hôtesse d’accueil est caractéristique du rejet d’une voie qu’elle vit comme une impasse et comme la marque de la médiocrité dans laquelle la société veut la cantonner.  Continuer à lire « DIVINES de Houda Benyamina »

PLATEAU D’EMPARIS DEPUIS LES AYMES

Lac Noir
Lac Noir, la Meije, le Râteau, le Glacier de la Girose

Émotions de toutes natures

Une randonnée intense, à divers titres, du début jusqu’à la fin, et qui remplit le regard de chocs visuels successifs jusqu’à le faire déborder tant les paysages sont exceptionnels, variés et emblématiques.

La balade, si on peut l’appeler comme ça au départ, commence par un sentier qui traverse les pentes abruptes qui dominent le lac du Chambon, pentes sous lesquelles, un peu en amont, s’est écroulé le tunnel il y a maintenant plus d’un an. Ces contreforts vertigineux s’appellent l’Ardoisière : le GR, car c’en est un, taille un chemin étroit dans la poussière d’ardoise, parfois guère plus large que les deux pieds côte à côte, et qui vous fait immédiatement comprendre pourquoi cette aventure est sérieusement déconseillée par temps humide ! Continuer à lire « PLATEAU D’EMPARIS DEPUIS LES AYMES »

SCULPTURE AUX 4 VENTS, Vatilieu, Isère

Arbre aux 4 Vents
L’arbre aux 4 vents, Made

« Sentier » Art !

En 2009 la commune de Vatilieu, dans les collines au-dessus de Vinay, à moins de 30′ de Grenoble, s’engageait dans un projet artistique original, proposant à quelques sculpteurs de venir enrichir le paysage de leurs œuvres monumentales. Avec un double défi à relever : les créer sur place en dix jours et les intégrer à l’environnement local.

Depuis, chaque année, de nouveaux artistes étoffent cette exposition permanente qui allie culture et nature. En effet les créations sont disséminées sur un sentier qui fait une boucle de 5 kilomètres partant de l’église du village : il alterne chemins en balcons, qui offrent un panorama qui embrasse Chartreuse et Vercors, encadrant Belledonne au fond de l’horizon, et sous-bois dans lesquels se nichent malicieusement certaines des œuvres.

A l’époque où se développe et s’institutionnalise le StreetArt, Vatilieu a en quelque sorte inventé le « Sentier »Art ! Continuer à lire « SCULPTURE AUX 4 VENTS, Vatilieu, Isère »

GUIBORD S’EN VA-T-EN GUERRE de Philippe Falardeau

Guibord-va-t-guerre-afficheEnvie d’un film léger, humoristique et intelligent ? Laissez vous tenter par Guibord s’en va-t-en guerre, l’histoire d’un député indépendant du fin fond du Quebec qui se retrouve, à cause de l’hospitalisation mystérieuse d’une député conservatrice et de l’égalité parfaite entre les deux principaux partis politiques, avec la redoutable responsabilité d’être celui qui va décider d’envoyer ou non les soldats canadiens en guerre au Moyen-Orient.

Dès le premier plan on comprend que l’on sera en permanence sur une crête en équilibre instable entre politique et situation cocasse : la permanence du député est à l’étage d’une boutique de lingerie fine qu’il faut traverser pour le rencontrer.

C’est là que se présente Souverain Pascal, un jeune étudiant haïtien, passionné de politique et qui a répondu à une offre de stage. A la grande surprise de Steve Guibord, son futur assistant, sans doute persuadé d’avoir le poste, est tout simplement venu d’Haïti pour l’entretien. Embauché ! Continuer à lire « GUIBORD S’EN VA-T-EN GUERRE de Philippe Falardeau »

EMPIRES, Huang Yong Ping, Grand Palais, Paris

monumentaMonumenta : l’artiste face au vide.

J’ai visité cette exposition son avant-dernier jour mi-juin et ai laissé infusé les impressions immédiates. Histoire de se rendre compte si le choc visuel et émotionnel que l’on ressent lors de la visite, est fugace, essentiellement dû à l’aspect monumental de la création ou s’il perdure, car au-delà des apparences, le sens s’impose, et que le caractère démesuré de l’oeuvre n’est que le vecteur qu’utilise l’artiste pour véhiculer un message plus profond et durable.

Monumenta, puisque c’est le nom de cette série d’expositions qui offre, depuis 2007, la totalité de l’espace nu du Grand Palais à des artistes contemporains, est certainement un défi que peu d’entre eux peuvent tenter de relever. D’ailleurs la liste des créateurs qui ont osé se confronter à ce volume qu’ils doivent habiter et non juste remplir, indique qu’il faut déjà avoir pratiqué le gigantisme et avoir gagné ses galons d’artiste majeur de la scène contemporaine pour y être invité.

Huang Yong Ping est un artiste chinois naturalisé français : à l’époque de Tian’Anmen, il expose à Paris et obtient le statut de réfugié politique, nombre de ses œuvres étant interdites en Chine ainsi qu’un mouvement avant-gardiste qu’il lancera à la fin des années 80. Il vit depuis bientôt 30 ans en France et représenta même son pays d’adoption en 1999 à la Biennale de Venise. Continuer à lire « EMPIRES, Huang Yong Ping, Grand Palais, Paris »

BRISER LA GLACE, CNAC Grenoble

Briser la glace AfficheDans l’attente de l’arrivée de sa nouvelle directrice en septembre, Béatrice Josse, très attendue après de nombreux mois de conflits entre la direction et les salariés, le CNAC propose une exposition, gratuite, dont la programmation a été confiée à la Session 25 de l’École du MAGASIN* : en effet le Centre National d’Art Contemporain forme depuis 25 ans aux « pratiques curatoriales », c’est à dire à la gestion des œuvres d’art et à l’organisation d’expositions.

La plupart des œuvres sélectionnées utilisent des objets du quotidien et suggère au visiteur d’interagir. Dès l’entrée il est invité à pénétrer dans cet immense cube fait de rubans, réminiscence de ces rideaux que l’on trouvait aux portes des maisons méridionales et que l’on s’amusait à passer pour sentir les lamelles glissées sur soi. Là on ne franchit pas juste le seuil, on doit traverser une forêt serrée qui vous absorbe et vous caresse, puis CNAC Rideauvous recrache. Les enfants s’y glissent en criant soit par jeu soit pour dominer leur appréhension. De manière assez étonnante l’oeuvre du suédois Jacob Dahlgren s’appelle « The wonderful world of abstraction », alors qu’elle est profondément sensorielle par les couleurs et le toucher. Et cet oeuvre a un effet extrêmement puissant sur ses spectateurs : elle les fait disparaître momentanément de l’exposition ! Continuer à lire « BRISER LA GLACE, CNAC Grenoble »

Mr GAGA, SUR LES PAS DE OHAD NAHARIN, de Tomey Heymann

Mr GagaPeu de chorégraphes, au-delà du style qui les distingue des autres créateurs, ont conçu un langage corporel complet et qui devient l’univers dans lequel ils s’expriment. Dans le cas d’Ohad Naharin, c’est encore plus étonnant, puisque Gaga, d’où le titre du film, est moins une codification d’éléments chorégraphiques, qu’une nouvelle manière d’appréhender par le mouvement ses propres faiblesses, ses blocages et ses limites afin bien sûr de les dépasser, de renforcer et dynamiser son corps, et de pouvoir se consacrer entièrement à l’expression artistique sans se sentir contraint physiquement. En quelque sorte, il a créé une pédagogie qui va permettre aux danseurs d’aller au-delà des possibilités dont ils ont conscience et à lui-même d’exiger qu’ils dépassent en permanence leurs limites.

C’est évidemment d’autant plus surprenant qu’Ohad Naharin n’a vraiment commencé à danser qu’à 22 ans, à la Batsheva Dance Company, sans avoir reçu une formation particulière. Sa mère était danseuse, mais il s’était plutôt orienté vers la gymnastique, l’acrobatie et la musique et a passé son service militaire puis la guerre du Kipour dans l’unité de divertissement de l’armée. Continuer à lire « Mr GAGA, SUR LES PAS DE OHAD NAHARIN, de Tomey Heymann »

PICKUP VR CINÉMA, Salle de cinéma VR, Paris

Une expérience bluffante d’immersion

Tlogo pickupvrcinemaravaillant depuis quelque temps sur la Vidéo 360°, j’ai profité d’un déplacement professionnel à Paris pour assister à une séance dans la première « salle de cinéma » qui propose uniquement un contenu VR. Elle est la seule à Paris, sans doute également en France et peut-être en Europe.

Quelques mots d’explications sont nécessaires. Tout d’abord VR.

Pour faire simple, VR (Virtual Reality ou Réalité Virtuelle) désigne tous ces contenus qui permettent d’immerger le spectateur dans un environnement, réel ou imaginaire, afin qu’il ait la sensation d’y être, de s’y mouvoir et éventuellement d’interagir avec cet environnement. Cela peut être de pures créations faisant appel à la 3D et à l’image de synthèse, ou des vidéos tournées avec des caméras qui filment simultanément sous tous les angles, dites caméras 360°. Continuer à lire « PICKUP VR CINÉMA, Salle de cinéma VR, Paris »