A PEINE J’OUVRE LES YEUX de Leyla Bouzid

BOUZID_Leyla_2015_A-peine-j-ouvre-les-yeux_00A peine un an avant le « Printemps tunisien », Farah, jeune fille de 18 ans au fort caractère est la chanteuse d’un groupe aux textes engagés. Pendant un certain temps on se demande où la réalisatrice veut nous emmener. Il y a bien quelques tensions avec la mère à la fois sur ses sorties et sur son avenir d’étudiante. Il y a les mises en garde d’un personnage ayant visiblement ses relations dans les arcanes du pouvoir. Mais rien de bien significatif dans cette première demi-heure où les concerts s’enchaînent et où Farah et son petit copain tente de vivre au mieux leur relation amoureuse.

Et puis par, petites touches, l’histoire se tend : d’un côté, les alertes se multiplient sur les risques pour le groupe, qui commence à être connu, de continuer à composer des chansons qui parlent clairement de la difficulté de vivre en Tunisie. De l’autre côté, la relation de Farah avec son petit ami fait les montagnes russes. Lire la suite

THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE de Adam McKay

Ils ne le croyaient pas eux-mêmes !The_Big_Short_300px

The Big Short raconte l’histoire de 4 financiers de Wall Street qui, l’un après l’autre, ont compris que le marché immobilier était bâti sur du sable et ont décidé, pour des motivations différentes, de parier contre ce marché et contre l’avis de leurs propres institutions. En 2008 comme tout le monde le sait l’échafaudage de crédits pourris conçu pour vendre à tout prix des maisons à des familles sans le sou, s’écroule. Nos 4 financiers, après quelques sueurs froides, ramassent la mise !

On connaissait le résultat et ce qui est passionnant c’est de vivre le cheminement de ces loups de la finance qui détectent la faille, puis, incrédules, vont sur le terrain vérifier l’ampleur du désastre à venir, et en conséquence disposent leur pions dans cette grande partie d’échec, sûrs de leur fait et n’ayant plus qu’à attendre que les fondations s’effritent. Lire la suite

STAR WARS, LE REVEIL DE LA FORCE de JJ ABRAMS

Une réussite totale !Star Wars 7

Rarement film aura été autant marketé avant sa sortie. Placer la barre aussi haut augmente le risque de la déception. D’autant que beaucoup de fans des épisodes initiaux étaient dépités de la Prélogie qui essayait de masquer le vide de ses scenarii derrière une débauche d’effets spéciaux et de créatures excentriques proches du ridicule.  Alors qu’attendre de ce 7ème opus réalisé par J.J. Abrams, souvent appelé par les studios d’Hollywood pour relancer les sagas  ?

Pas question de trahir l’histoire bien sûr. Mais on peut le dire : J.J. Abrams a réussi le tour de force de renouer avec l’esprit des premiers épisodes. Comme l’épisode IV, Le réveil de la Force est une quête initiatique portée par un nouveau personnage qui découvre à son grand étonnement la réalité des Chevaliers Jedi, qui étaient plutôt passés du côté du mythe que de l’histoire. Lire la suite

LE GRAND JEU de Nicolas Pariser

LE-GRAND-JEU-570Contre programmation choisie en ce soir de déferlante Star Wars : un film français qualifié de « thriller politique » et qui a visiblement enthousiasmé la presse, ou du moins celle que je lis et écoute, Télérama, Libération et France Inter. Cerise sur le gâteau, la critique relève l’importance des dialogues et le temps qui leur est accordé : pour un film qui confronte un écrivain et une éminence grise, on peut espérer quelques envolées sur les coulisses de la politique.

Au final, quelle déception. Passées les premières minutes où effectivement on est plongé directement dans les intrigues montées de toute pièce pour briser un ministre, le film s’effiloche. On espérait que la manipulation initiée par André Dussolier structure en partie l’histoire, nous emmenant dans une partie de billard à plusieurs bandes entre hommes politiques, groupuscules contestataires et serviteurs cachés de l’état. Lire la suite

LE PONT DES ESPIONS de Steven Spielberg

Le pont des espionsUn pont qu’il n’est pas utile de traverser !

Un film de Steven Spielberg avec Tom Hanks, un scénario cosigné par les frères Coen, une critique unanime pour souligner un traitement original et sobre du film d’espionnage : comment résister ?

C’est justement dans ces circonstances que la vigilance devrait grimper d’un niveau et vous faire prendre sur vous pour ne pas se précipiter le premier jour pour voir le film tendance de la semaine. Au risque d’avouer en société « Non je n’ai pas vu le dernier Spielberg » et d’affronter ces regards consternés qui vous jugent vraiment incapables d’apprécier les œuvres de bon goût dont la subtilité vous a évidemment échappé. Lire la suite

THE LOBSTER de Yorgos Lanthimos

Un hymne absolu à l’amourThe Lobster

La forme est évidemment étonnante, mais le fond est au final classique : la recherche de l’âme sœur et ce que l’être humain est capable ou non de faire pour vivre en couple ou pour assouvir sa quête d’amour.

La première partie plonge le spectateur dans une pension anglaise et surannée, aux règles extrêmement strictes et dont l’objectif est d’apparier des célibataires en moins de 45 jours, sous peine qu’ils se transforment en l’animal qu’ils ont choisi. Le compte-à-rebours est rapidement oppressant et chacun développe sa stratégie pour trouver sa compagne ou son compagnon et convaincre la directrice de la sincérité du couple. Ou pour prolonger le séjour au-delà des 45 jours fatidiques en participant à des battues dans la forêt attenante et en ramenant à son tableau de chasse des Solitaires, sorte de gueux vivant clandestinement en marge de la société. Lire la suite

LE FILS DE SAUL de László Nemes

Le_fils_de_SaulGrand Prix du Jury à Cannes et adoubé par les plus hautes autorités morales sur la façon dont il traite les camps de concentration, et en particulier les SonderKommando, sujet peu voire jamais abordé au cinéma, le film bénéficie d’une couverture dithyrambique. A deux exceptions près : Libération, qui d’ailleurs reproche plus le manque de débat autour du film que sa qualité elle-même et Telerama lors de la présentation à Cannes en mai.

La quasi unanimité, le sujet, l’extrait passé en boucle, la qualification « Film d’horreur » sur AlloCiné récemment corrigée en « Drame », incitent à s’y rendre avec une certaine retenue voire appréhension : est-ce si étouffant ? que va-t-on voir de dérangeant ? les images vont-elles nous poursuivre ? est-ce le film ultime sur l’horreur d’Auschwitz ? Lire la suite

LA GLACE ET LE CIEL de Luc Jacquet

La glace et le cielUne histoire humainement bouleversante du climat

On reste sans voix lorsque l’on découvre les conditions de vie, de survie devrait on dire, de la première exploration de Claude Lorius dans l’Antarctique. Rien que le trajet pour se rendre à la base Charcot, qui l’abritera un an lui et ses deux compagnons, tient plus du film d’aventure et de catastrophe que du transport de scientifiques vers leur lieu de travail.

L’Antarctique est définitivement est endroit hostile et inhospitalier. Le glaciologue, et en particulier Claude Lorius, est obstiné, voire obsessionnel, surtout lorsqu’il est animé de la conviction profonde que le 6ème continent recèle dans la profondeur de ses glaces, l’histoire du climat depuis des centaines de milliers d’années. Lire la suite

SEUL SUR MARS de Ridley Scott

seulsurmars200pxUn “feel good movie” sur Mars

Ridley Scott avait l’habitude de sous-tendre ses films de science-fiction d’un minimum de réflexion sur le comportement humain ou sur quelques problématiques futures. Dans Alien, l’impératif de la science au risque de mettre en péril la vie humaine ; dans Blade Runner, l’évolution globale de la société et le face à face homme-humanoïde ; dans Prometheus, l’origine de la vie sur Terre et la prise de contrôle de la mission par un robot intelligent.
Dans “Seul sur Mars”, il nous fait simplement mais pleinement partager l’odyssée de Matt Damon, entre désespoir, volonté, lueur d’optimisme, fatalité et une pincée de suspense final. Lire la suite

L’HOMME IRRATIONNEL de Woody Allen

L'homme irrationnelDès le générique, avec à sa typographie* inamovible et les notes de jazz qui l’accompagne, le spectateur retrouve le plaisir annuel de se confier à Woody Allen pour qu’il vous entraîne dans son univers et une histoire nouvelle.

Il ne perd pas de temps à poser ses personnages : le professeur de philosophie ténébreux précédé d’une réputation d’homme brillant et tourmenté, et qui accumule les conquêtes, étudiantes comprises. La professeure malheureuse en couple et qui affiche immédiatement ses intentions torrides. Lire la suite